Révolte de la dernière pluie – Ramos

Je suis retournée à Tolstoi, mais avouez, même « Une partie » c’est hard là-dedans, enfin, je veux dire, y en a pour des pages. J’aime beaucoup Guerre et Paix, détrompez-vous ! Mais je préfère faire des pauses pour ne pas m’en lasser et le rendre indigeste. Alors, j’ai coupé encore ma lecture avec une pépite, un machin fabuleux :

Révolte de la dernière pluie de Sacha Ramos.

Challenge ABC 2016, Pages : 115 (1785 + 115 = 1900 ) / 5 000. Lettre : R. 6/26.

115 pages de Ramos, ça se lit plus vite que 115 pages de Tolstoï !

41T41BOYeBL__SL500_AA300_Le titre est merveilleusement bien choisi, et cet article va être long, et il va vous expliquer pourquoi ce livre est génial et pourquoi il faut à tout prix que vous le lisiez. J’y trouve tellement de qualité que je ne sais pas par où commencer.

Le style, tiens, le style. Ultra-contemporain, si vous n’aimez pas trop la littérature « cash », si vous n’appelez pas ça littérature, ça ne va pas trop vous plaire. Attention « cash » ne veut pas dire « trash » ! Ce style s’oppose aux envolées lyriques, mieux vaut écrire ce qu’on ressent simplement, avec ses mots –il y a toute une réflexion sur « le mot »- plutôt que de faire de la poésie ratée. Le style cash et simple est revendiqué, il sert très exactement le sujet du livre. Le narrateur, Igor, jeune garçon, s’adresse à son lecteur avec humour, un humour noir, tranchant. Un enfant qui se met à réfléchir sur la vie, sur ce qui ne va pas sur sa vie.

Igor pointe du doigt ses parents, qu’il hait, il nous explique pourquoi alors que le roman s’ouvre sur une conversation avec son meilleur ami – le voisin alcoolique d’à côté.

Ce livre renverse les codes, il critique une vision de la vie de manière fort juste, alors même que cela parait injuste, il n’est pas le premier à le faire, mais c’est remarquablement bien fait dans ce livre. C’est un livre qui se lit d’une traite tant il y a de phrases « punchline » ça n’arrête pas, le fil de lecture est au fil de la plume, touchant, grinçant, incisif. Ce gamin est incisif, et il porte un regard génial sur le monde. Quand l’alcool et la philosophie de comptoir est aussi importante et parfois plus saine que l’ultra-bio et les nouvelles psychologies.

Il nous ouvre les yeux sur les déviances de la psychologie, de l’ouverture à soi, de la
liberté du corps et de l’esprit.
Quand ce que nous croyons, actuellement, être une liberté, n’est qu’un nouveau carcan, que la nouvelle manière de pensée soixante-huitarde n’est qu’un autre totalitarisme… Très intéressant je vous dis, très cash aussi… Pourtant ce n’est pas de la critique pour de la critique, de l’aigreur pour l’aigreur, au contraire, la réflexion coule, normale et logique, expliquée. Avec des yeux d’enfants, certes, mais expliquée. Je vous cite un exemple pour que vous compreniez bien, puis j’arrête les citations, sinon je vous recopie le livre, et je préfère que vous l’achetiez tant il faut qu’il soit lu et connu :9782756103655_4_75

« […] Le rire soulage. [Il] aide à résister à l’adversité. Il créé des espaces de liberté, où l’on vit dans l’instant présent. […] Il est bon pour le cœur, il donne de l’énergie, améliore le souffle, […] il a des effets positifs sur le sommeil. […] Il renforce les liens et développe un sentiment profond d’appartenance et de reconnaissance. »

On est tous d’accord là-dessus. Mais même cela amène des dérives… Monter le rire en
religion, en façon de vivre, l’imposer aux autres : non. Il faut rire, mais il ne faut pas se forcer et forcer les autres à rire. En réalité c’est ça, la critique des dérives du « bien ». Car il n’y a pas que du blanc, ni que du noir…

Je reparle du style, mais le fond et la forme sont tant liés qu’il est difficile de faire autrement. L’enfant a une mémoire à la Reed d’Esprit Criminel : il retient les conversations. Et l’auteur est un maître du dialogue et de la conversation dans toutes ces formes, tous ses moments. C’est d’une perfection impressionnante.

Ce livre est une ôde à la liberté, oui, alors qu’il semble la critiquer. Mais c’est une ôde à la liberté de soi, en soi, de créer son espace, pour survivre à tout, il faut pouvoir s’échappé en soi, et c’est là, exactement là, que la poésie est, quand on est soi-même, quand on sait ce qui est en nous. Peut-importe le cheminement qui nous y a amené, car le pire peut engendrer le meilleur… En nous-mêmes. Soyez écrivains, soyez imaginatifs ! Soyez vous-mêmes ! Mais ne devenez pas criminels, ne l’imposez pas aux autres. (voici une envolée lyrique, mais rien n’est tout noir, et rien n’est tout blanc…)

« Pitié, lisez-ce livre » j’ai envie de vous crier, qu’on en parle, qu’on en discute, qu’il soit reconnu ! Mais non, mieux vaut pas que je vous l’impose, mieux aurait valu que je ne vous biaise pas avec cet article, mieux vaut que je le garde à la construction de mon imaginaire, de ma vérité profonde. Mais si vous voulez tenter l’expérience, je vous le conseille quand même.

Conseil : chose qui est bonne pour soi et qu’on pense être bonne pour les autres.

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3 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Moi qui aime ce genre de style, je note =)

    1. C’est fait pour toi alors 🙂 Dis-moi quand tu l’as lu j’irais voir ton article à l’instant !

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