Morgane, de Luke Scott

morgan-poster-filmosphereMauvaise com’ ! Mauvaise com’ !

La plupart des gens (oui, je ne lis que les critiques spectateurs sur AlloCiné, je ferais un jour un article entier pour expliquer pourquoi), ont vu la bande-annonce de Morgane comme moi. Après Dans le Noir et Blair Witch, je suis entré dans la salle pour voir Morgane, un autre film d’épouvante/horreur, histoire de rester dans le ton. Quelle ne fût pas ma surprise (je m’y attendais un peu quand même) lorsque je vis se dérouler devant moi une heure trente de ce qui aurait pu être un épisode de l’excellente série de science-fiction Black Mirror (que je conseille fortement aux amateurs du genre).

A tous ceux qui ont été déçus de trouver de la SF là où ils s’attendaient à de l’horreur, je me permets de faire une remarque, qui me tient lieu d’appréciation personnelle. La bande-annonce est un exercice difficile où il faut exprimer en très peu de temps l’ambiance générale d’un film, captiver suffisamment le spectateur pour lui donner envie d’aller le voir ; elle fonctionne la grande majorité du temps en suscitant chez le spectateur une émotion particulière, propre à la catégorie de l’œuvre qu’elle annonce. Chaque catégorie peut en grande partie se définir par un type particulier d’émotion qu’il suscite chez son spectateur, à titre d’exemple :

– la comédie : le rire, la joie.

– le drame : la tristesse.

– la romance : l’attendrissement, la tristesse ou la joie.

– le film d’action, et le film catastrophe : l’ébahissement.

– le film d’aventures : le dépaysement.

– le thriller : le suspens.

– le film fantastique et le film d’horreur : la peur et l’angoisse.

– le film érotique et le film pornographique : l’excitation.

La science-fiction faisant partie de ces catégories (comme le film historique, le péplum, le film de cape et d’épée ou le western, lorsque ces derniers n’empruntent pas aux catégories citées ci-dessus) auxquelles on ne peut pas vraiment rattacher d’émotion propre, puisque le film de SF cherche le plus souvent non pas à provoquer une émotion, mais plutôt une réflexion, souvent d’ordre philosophique. Ce qui donne des films certes très intéressants à regarder, mais très difficile à vendre en tant que tel. Ce qui pousserait sans doute (c’est ma théorie) à leur faire emprunter (ou même à les apprêter) à une autre catégorie de laquelle ils se trouvent être proche : Matrix en tant que film d’action (d’où la dérive des deux derniers volets…), Minority Report en tant que thriller, La Guerre des Mondes en tant que film catastrophe, Morgane en tant que film d’horreur… bien sûr, et heureusement, le box-office nous pourvoie en exceptions une fois de temps en temps…

Et c’est bien dommage, que Morgane souffre ainsi de cet écueil (qui visiblement a déplu à beaucoup de spectateurs), car ce n’est pas fondamentalement un mauvais film. C’est même un film très classieux et très réussi pour Luke Scott (fils de Ridley), qui signe là son premier long-métrage à lui tout seul.

La thématique abordée, celle de l’intelligence artificielle, a été certes traitée maintes et maintes fois (I.A. Intelligence Artificielle, I, Robot, Her), dans ce film, elle sert de passerelle vers un thème d’affrontement, plus complexe, qui se dessine au fur et à mesure que la narration progresse : le monde froid, économico-technologique contre le monde plus doux, plus beau et plus contemplatif de la nature et des émotions. Morgane (Anya Taylor-Joy) étant le personnage placé au milieu de ce conflit entre deux mondes qui s’opposent, issu du premier mais aspirant à l’autre, elle est finalement le reflet exactement inverse des humains en chair et en os autour d’elle. Au sein de ce rapport nature (idéalisée) / culture (diabolisée), c’est finalement le monde dont Morgane est issue, mais qui a perdu son allégeance, qui lui sera le plus hostile ; ce qui n’est pas sans rappeler notre chère condition humaine : issus de la nature, aspirants à la culture (ici assimilée, en bon pessimisme, aux impératifs calculateurs d’efficacité et de production), rattrapés par la nature… C’est peut-être à ça que l’on reconnaît une bonne œuvre d’anticipation : une œuvre où le thème de l’Humain est aussi central…

Allez donc voir ce film pour ce qu’il est : un bon film de science-fiction. Même si vous ne cherchez pas forcément à le visionner à l’aide de deux ou trois grilles de lectures et d’interprétation, il reste, par sa mise en scène et sa musique, un excellent divertissement.

SCI-FI RULES THE WORLD.

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