Mercredi, c’est Poésie

2997570681_1_3_jpw1lmthPour notre #09 de Mercredi, c’est Poésie, nous continuons notre mini-thématique sur Narcisse avec dernier et second volet, d’abord Paul Valery, le Classique et maintenant, un de ses contemporains… A l’opposée ! Dali, le Surréaliste !

Dali, s’il a beaucoup peint et que ça ne m’a jamais fait ni chaud, ni froid, il a aussi sculpté –ce que je préfère, et de loin !– mais à aussi un peu écrit. Il était peut-être fou, mais passionné, plus encore. Retrouvez plus d’informations sur Dali, avec cet article.

 

Quand l’anatomie claire et divine de Narcisse
se penche sur le miroir obscur du lac,

quand son torse blanc plié en avant
se fige, glacé,
dans la courbe argentée et hypnotique de son désir,
quand le temps passe
sur l’horloge des fleurs du sable de sa propre chair,

Narcisse s’anéantit dans le vertige cosmique
au plus profond duquel chante
la sirène froide et dionysiaque de sa propre image.
Le corps de Narcisse se vide et se perd
dans l’abîme de son reflet,
comme le sablier que l’on ne retournera pas.

Narcisse, tu perds ton corps,
emporté et confondu par le reflet millénaire de ta disparition,
ton corps frappé de mort
descend vers le précipice des topazes aux épaves jaunes de l’amour,
ton corps blanc, englouti,
suit la pente du torrent férocement minéral
des pierreries noires aux parfums âcres,
ton corps…
jusqu’aux embouchures mates de la nuit
au bord desquelles
étincelle déjà
toute l’argenterie rouge
des aubes aux veines brisées dans « les débarcadères du sang ».

Narcisse,
comprends-tu ?
La symétrie, hypnose divine de la géométrie de l’esprit, comble déjà ta tête de ce sommeil inguérissable, végétal, atavique et lent
qui dessèche la cervelle
dans la substance parcheminée
du noyau de ta proche métamorphose.

La semence de ta tête vient de tomber dans l’eau.
L’homme retourne au végétal
et les dieux
par le sommeil lourd de la fatigue
par l’hypnose transparente de leurs passions.
Narcisse, tu es si immobile
que l’on croirait que tu dors.
S’il s’agissait d’Hercule rugueux et brun,
on dirait : il dort comme un tronc
dans la posture
d’un chêne herculéen.
Mais toi, Narcisse,
formé de timides éclosions parfumées d’adolescence transparente,
tu dors comme une fleur d’eau.
Voilà que le grand mystère approche,
que la grande métamorphose va avoir lieu.

Narcisse, dans son immobilité, absorbé par son reflet avec la lenteur digestive des plantes carnivores, devient invisible.

Il ne reste de lui
que l’ovale hallucinant de blancheur de sa tête,
sa tête de nouveau plus tendre,
sa tête, chrysalide d’arrière-pensées biologiques,
sa tête soutenue au bout des doigts de l’eau,
au bout des doigts,
de la main insensée,
de la main terrible,
de la main coprophagique,
de la main mortelle
de son propre reflet.
Quand cette tête se fendra
Quand cette tête se craquellera,
Quand cette tête éclatera,
ce sera la fleur,
le nouveau Narcisse,
Gala – mon narcisse

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Pourquoi ce poème ?

Ses peintures me déplaisent toujours autant, mais j’adore voir les écritures des peintres ou photographes (comme ici avec Picasso) -ou à l’inverse, les dessins des écrivains ! J’ai un très au livre là-dessus d’ailleurs….- Bref, je trouve que cela immerge d’autant plus dans leurs univers poétiques ou malades. Et ce poème-ci, particulièrement, m’a interpellé. Narcissique, Dali l’était et il le rend compte d’une manière peut-être flamboyante, mais ici particulièrement dérangeante, le Narcisse s’englouti, et c’est dit d’une exceptionnelle manière, à mon sens. Narcisse jusque dans sa vie, avec un trait pour Gala qui conclut le poème : on parle de sa vie, de lui.

Des admirateurs de Dali, ici ? Pour le #10 Mercredi, c’est Poésie, un auteur en particulier que vous aimeriez (re)lire ?

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