Oblomov – Gontcharov

Voici, dans la thématique actuelle, une lecture de confinement, un ode à l’oisiveté. On m’en parlait depuis longtemps (dont Goran), et ce livre qu’on m’avait prêté pourrissait lentement dans ma PAL depuis des ans.
Ce livre me permet de valider le Pavé du Mois de Bianca.

Ivan Gontcharov, Oblomov, « Biblio », Le Livre de Poche, 1999, 668 pages.

Cette période était donc l’occasion de me jeter dans ce pavé.

Je m’y suis jetée sans peur, en fane de la littérature classique russe. Au début de ma lecture, se succèdent divers protagonistes qui s’opposent à la pensée d’Oblomov, appelé l' »Oblomovisme ». Ces protagonistes croquent la vie à pleine dent, à côté, la vie d’Oblomov qui reste douillettement installé dans son lit parait bien fade. J’ai ainsi cru lire les différentes étapes de ma vie : le lycée où il fallait absolument que j’aille à mille soirées, qu’il faille que je sois invitée dans le monde entier, puis la fac où je rêvais de grandes publications, d’articles à mon nom, pour s’échiner à briller et à ne plus vivre, et ensuite, le regret de ne pas voyager, ne pas découvrir le monde, s’ouvrir aux autres cultures. Mais enfin, c’est dans Oblomov que je me retrouve dans les derniers temps à dire : « non il fait trop froid pour sortir », « tant pis je ne participe pas à ce projet, je n’en aurais pas le temps… » Être bien chez soi, finalement.
Ainsi, mon lancement dans la lecture d’Oblomov s’est fait avec un grand intérêt, une curiosité toute introspective. Dans ces personnages, opposés à Oblomov, qui se succèdent tout au long des premières pages, on pourrait y voir une allégorie des réseaux sociaux. C’est bien évidemment anachronique, mais ce que je veux dire par là, chacun débarque et étale ses étoiles devant Oblomov comme s’il faisait défiler ses actualités sur réseaux sociaux, en contemplant l’étalement de voyages, de publications, de soirées des uns et des autres. Les personnages ont ça de plus sympathique que les visiteurs d’Oblomov ont ça de plus sympathiques que les influenceurs : ils invitent notre anti-heros à dîner et sortir.

Oblomov, pour moi, est un homme qui n’a jamais grandit. Un madame Bovary qui ne distingue plus ses rêves de la réalité. Oblomov est un rêveur, comme les enfants, il a son propre monde intérieur. Ne vous souvenez vous pas ? Quand le paysage défilait par la vitre de la portière arrière dans des trajets en voiture qui paraissaient infinis, ne rêviez vous pas d’aventures ? Des histoires honteuses, que vous ne raconteriez à personne tellement, c’était honteux, parce qu’ils révélaient, teintés de péripéties, ce dont vous rêviez vraiment ? Ça disparaît avec l’âge ces moments de rêveries… Mais pas chez les rêveurs, pas chez Oblomov qui confond ces songes avec la réalité, avec des pensées lucides.

Les dialogues sont remarquablement menés, (ah ! Ils savaient écrire à l’époque !) Cependant, je n’aurais pas été contre 200 pages de moins. Car en réalité, la majorité de l’ouvrage traite de romance, canard en sucre baveux, qui finissent par user le lecteur. Certes, je connais le XIXe, le Romantisme et les élans de l’amour, mais là, il y a vraiment des tartines de trop il me semble, une économie de pages aurait pu être envisageable au beau milieu des « suis-je amoureux ou est-ce une illusion ? » et des « fuis moi je te suis, suis moi je te fuis »… On se noie sous la la montagne de sucre rose et finalement, on perd vite l’Oblomovisme de vue… Dommage. Il réapparaît, bien sûr ! Mais il est comme un bruit sourd en fond de roses rouges…

Ainsi, je ne sais, je suis partagée avec l’envie de vous le conseiller car je me suis sincèrement régalée, et en même temps… J’ai été déçue.

17 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Bibliofeel dit :

    J ai souvent hésité à le lire. Cette belle chronique me décide fermement à hésiter encore un peu…

    1. Cela reste un très beau livre, un excellent classique. Mais il y aurait quelques passages à sauter, à mon avis hihi

  2. Madame lit dit :

    Je crois que de mon côté, il pourrait me plaire… la montagne de sucre rose m’enchanterait peut-être. Je note! Merci!

    1. C’est un très beau classique, si ce n’est les passages qui m’ont déçu ! Je ne peux que le conseiller !

  3. Goran dit :

    Dommage pour le « en même temps »…

    1. Eh oui ! bien que je le reconnaisse ses qualités, j’ai tout de même pas été transporté tout du long !

  4. Patrice dit :

    Voici un grand classique. Au passage, j’adore ces nouvelles couvertures du Livre de poche, j’ai tout de suite envie de les acheter :-). Je vais passer mon tour après avoir lu ta chronique dans ce cas. Si je veux lire un grand roman russe prochainement, ce sera « Vie et destin » de Vassili Grossmann. Oui, je dois l’avouer, c’est un peu différent d’Oblomov 🙂

    1. Oui ! Cela faisait longtemps que ce livre m’attendait !
      Je pense que j’en garderai malgré tout un bon souvenir tant l’oblomovisme est intéressant ! Mais je l’ai malheureusement trouvé un peu noyé.
      Ce n’est pas un petit bout d’Histoire que traite Vassili Grossmann avec ce roman… J’attendrai ta lecture avant de m’y plonger une fresque plus contemporaine à la manière de Guerre et Paix me fait un peu peur ahah ! Mais sans doute que les éditeurs ont voulu du sensationnel en 4e de couverture…

  5. lyrealaderive dit :

    Oblomov me fait penser à un personnage de Huysmans: Folantin dans A vau-l’eau ou des Esseintes dans A rebours!

    1. Ah ! Moi qui ne suis pas fane de Huysmans je ne saurais dire !

  6. Ton article me donne envie de m’y replonger dedans 🙂

    1. Ça me fait plaisir 😁
      Tu l’avais apprécié ?

      1. Dans mon souvenir, oui…mais il n’en reste plus grand chose, 😅

      2. Oui ça s’efface vite Hihi

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