Karmen – March

Karmen, nom qui ressemble étrangement à Karma, est un Roman Graphique époustouflant qui m’a totalement embarqué, entre féminin et expérience de mort.

Guillem March, Karmen, Dupuis, 2020, 160 pages.

Catalina est une jeune fille qui se donne la mort. Au fil des pages, on découvre ses raisons. Son cheminement mental, une forme de rédemption, d’appréhension de la mort, la compréhension de son existence. Ces réalisations ont lieu le temps de son passage dans l’au-delà où elle est un fantôme qui vaque dans la ville qu’elle connait si bien. Karmen est l’envoyée de la mort qui l’accompagne dans ses réflexion.

Je ne sais pas trop comment attraper ce roman graphique pour ne pas trop vous en dire tout en vous faisant comprendre mon enthousiasme.
D’abord, si je n’ai pas l’air folle dingue de cette BD que j’ai pourtant avidement dévorée, c’est parce que la chute m’a déçue. Certes, nous avons tous les attentes différentes face à une oeuvre : il n’y a qu’à voir comment les fans reçoivent les ultimes épisodes des séries télévisées, ils ne sont jamais contents. Je pense que je suis un peu dans ce cas là avec ce livre.

Déjà il est très beau, mais tellement beau ! Il n’y a pas une patte archi-recherchée, dans le sens où le dessinateur n’a pas tenté des techniques qui sortent du lot. Il y a un côté poudré dans les couleurs qui est hyper doux et agréable pour parler de sujets graves comme le suicide, la dépression, la mort ou cru comme le sexe, la nudité ou le côté organique de l’humain. Cela permet une mise en perspective et enlève le côté frontal des choses abordées.

Je vais dire un truc qui pourrait paraître, dans ma bouche pour qui connait mes goûts, comme une insulte, mais qui ici au contraire, est un magnifique compliment. Pour moi, c’est une lecture adolescente. Mais cela n’empêche pas qu’on s’en délecte à l’âge adulte. C’est à dire que j’ai envie de fourrer cette lecture dans toutes les mains des lycéennes, bien que cela convienne à un public bien plus mature également.
L’auteur évoque le sexe, la virginité, pas comme une fleur, mais comme la pression à baiser, la course à l’orgasme et à la découverte propre aux jeunes années. C’est un roman graphique hyper contemporain avec des vrais enjeux de notre temps. Même les détails des lieux où se balade le fantôme de Catalina, les gens qu’elle croise, la manière dont ils vivent et dont ils sont attifés, ancrent encore plus le récit dans notre réalité. Et cela, avec une délicatesse qui passe dans les détails, sans même s’en rendre compte.
En plus d’être beau, c’est intelligent. On peut la relire plusieurs fois cette BD et retrouver des détails, des sous-textes, qui nous auraient échappés.
On retrouve une critique plutôt profonde mais qui passe en filigrane, ou au plus, en second plan, au sujet de notre société de productivité. On doit entrer dans des cases, toute notre vie, on doit s’y normé et y être productif, toute notre vie, mais aussi dans la mort. Il y a quelque chose de vain et d’inéluctable tellement triste. Surtout qu’on sait aujourd’hui qu’il faudrait envisager les choses autrement.

Guillem March, Karmen, Dupuis, 2020, 160 pages.


Il y a donc un bel appel à l’espoir, un appel à faire changer les choses, à faire changer la surproductivité et les normes. Mais c’est peut-être ce que je reproche à ce livre, de s’achever de manière trop rose et pourtant, à mettre dans les mains d’une fille de 14/15 ans, laissons les un peu rêver !
Surtout que Catalina permet d’hyper bien s’identifier à elle, ok, elle est un peu relou, mais on peut facilement s’identifier à ses déboires amoureux, ses non-dits : des trucs hyper adolescents qui nous renvoient forcément à une partie de nous-même.
Cette force universelle qui se joue dans les thématiques comme se sentir à part, la fascination de la mort, etc. est la force de ce roman graphique comme ce qui peut paraître usant.

Ce livre a les défauts de ses qualités, il y a des blagues clin d’œil hyper agréables en filigranes durant la lecture de l’ouvrage mais qui paraissent forcée et trop poétique dans le fameux épilogue qui est vraiment le seul truc qui m’a un peu dérangé.
Le graphisme reste à tomber et je recommande cette lecture à quiconque, surtout à notre jeunesse.

6 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Au vu du résumé, il ne me tente pas mais ton avis me donne vraiment envie de lui laisser une chance ! Merci de la découverte =)

    1. Oui c’est une vraie œuvre de funambule ce livre ! Mais vraiment je l’ai trouvé très bien et très parlant.

  2. Goran dit :

    Pas certain que cela fonctionne sur les vieux cons comme, mais pourquoi pas… 🙂

    1. Ah faut avoir garder une certaine âme d’ado torturé Hihi

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