Des crimes insignifiants – Pombo

C’est un livre sur lequel j’ai craqué au détour d’une librairie. Pourtant, pas d’une première jeunesse, le prix était toujours affiché en francs ! J’ai été séduite par la première phrase de la quatrième de couverture « Dans le huit clos d’un Madrid estival écrasé par la chaleur… » Ça m’apprendra à me laisser séduire par le simple mot « Madrid » ahah !

Alvaro Pombo, Des crimes insignifiants, Gallimard, 1988, 200 pages.

Début étrange… Les premières pages m’ont laissé mi figue mi raisin. Il y a un style, simple mais qui a quelque chose de percutant dans une poétique de l’ennui qui m’a attiré. Cette ambiance madrilène, moite, ce sentiment d’ennui, que la vie est une impasse, a quelque chose d’hypnotisant. J’aimais retrouver, malgré le spleen qui pèse comme une chape de plombs, j’ai aimé retrouver la chaleur sans concession et les noms de lieux, la manière de se laisser vivre, que j’aime tant dans cette ville l’été.
Pourtant, au début, à part deux compères qui discutent, philosophes de comptoir, à un café, le livre ne raconte pas grand chose. Mais j’ai aimé le naturel de cette rencontre et de ce dialogue, qui me renvoie à mon propre goût pour taper la discute aux voisins de terrasse.

L’histoire du livre est difficile à présenter, mais présenter les personnages aidera à planté le cadre de ce roman plongé dans le Madrid du XXe siècle :
Quiros est un grand gamin qui vit aux crochets de sa mère et sa fiancée, plus âgée que lui. Quiros, on l’apprend au fut et à mesure, est un beau garçon égoïste, un Dorian Gray qui n’a même pas le sens de l’esthétique. Il s’aime et aime que les autres s’occupe de lui. Le moindre changement dans son univers le bouleverse et lui amène des questionnements existentiels qui le dérange beaucoup : lui, qui aime se laisser vivre.
Quiroga est un auteur raté qui n’a rien écrit depuis 15 ans malgré son succès passé. Lui aussi s’ennuie, son âge lui pèse et son incapacité à écrire une ligne le rend malheureux. Lui aussi ne fait pas grand chose, si ce n’est un travail qui ne l’intéresse même pas mais qui lui permet de vivoter.
Ces deux ennuyés se rencontrent donc, toute à la contemplation d’eux-mêmes à laquelle ils se livrent tout au long des heures et des jours qui composent leurs vies.

Ainsi, Quiros aime à penser, à réfléchir, dans des conceptions longues et métaphysiques sur son sort, sa personne, comme un Narcisse qui s’admire. Au fil du livre, on découvre qu’il exècre, non pas sa situation de dépendance, mais les personnes dont il dépend car il ne parvient pas à avoir l’ascendant sur elles.
Quiroga, quant à lui, fait un peu penser à l’auteur qui se regarde écrire. Lui aussi pense beaucoup. Il y a beaucoup de pensées vaseuses et de philosophie de comptoir, entre les dialogues plats. Mais, je pense, qu’est là tout le charme du livre et ce qu’à recherché Alvaro Pombo. Ainsi, c’est l’écrivain qui se regarde écrire car il prête à son personnage, Quiroga, de grandes idées, de belles phrases sur l’écriture. Des fulgurances qui viennent comme ça, des pensées poéticophilosophiques. C’est un peu une immersion dans la tête d’un écrivain, qui se nourri et nourri son esprit de ce que la vie lui donne. En regardant passer les gens à la terrasse du café, par exemple.
Dans l’auteur qui se regarde : on a aussi un merveilleux caméo ! L’auteur se met presque en scène dans son roman, faisant une apparition discrète mais que le lecteur ne peut s’empêcher de remarquer ! On adhère à l’idée, ou pas !

Puisqu’il se déroule peu de chose, si je vous présentais la trame, il ne vous serait pas utile d’ouvrir le roman, alors je me contente de vous présenter là sa substance. Comme autant de miroirs qui reflètent les deux protagonistes en s’y admirant, situation qui mène le déroulé jusqu’au coup de théâtre final.

Je ne sais trop que dire sans en révéler trop. Parce que, justement, on est dans ce non-temps et ce non-lieu, seulement habités d’ennui. Ennui qui tente d’être comblé par des veines paroles dans un bar, par des coups de téléphones aux rares connaissances des protagonistes : ces solitaires auto-isolés. Ennuie comblé, par ces pensées qui se veulent belles et intelligentes…

Tant est si bien, qu’heureusement il y a cette atmosphère étouffante, sinon le livre tomberait des mains. Il parle tellement de la platitude de la vie que le lecteur s’y ennui aussi.
Cependant, dans la chute du roman, on comprend enfin les indices discrets parsemés, dilués, dans cette drôle d’ambiance. Aussi, je préfère prévenir, c’est un roman qui est assez violent, en crescendo.

6 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Goran dit :

    Bravo pour la critique. Personnellement, j’aime bien ce genre dans lequel il ne se passe pas grand chose…

    1. Tu aimerais peut-être ! Mais ça m’a paru particulier, c’est pour ça j’ai préféré me concentrer sur l’ambiance douce et étouffante de Madrid

      1. Goran dit :

        Ça va me faire penser à l’ambiance douce et étouffante de Paris 🙂

      2. Ah non ! C’est pas la même ! :p

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