Les Absents – Makhlouf

Un roman très intense et très vite lu. Des tranches de vies magnifiques et ensorcelantes dans un contexte de guerre du Liban et de déracinement.
Ce livre est lu dans le cadre du Challenge 2020 de Madame Lit : lire un livre d’un auteur ayant reçu le prix Senghor, c’est le cas de Georgia Makhlouf, prix Senghor du premier roman francophone et francophile 2014.

Georgia Makhlouf, Les Absents, Editions Rivages, 2014, 302 pages.

C’est un livre qui se laisse lire extrêmement vite car il est bien rythmé par des chapitres très courts. C’est important à dire car les pages se tournent d’elles-mêmes, sans y penser.
En effet, chaque chapitre est dédié à une personne, chaque chapitre est nommé en fonction de la personne, du souvenir, ici invoqué. J’ai particulièrement aimé cette idée car j’ai toujours pensé qu’une autobiographie s’écrivait mieux et parlait mieux de soi lorsqu’on parlait des autres. Ce qu’on dit des autres et comment on le dit, les souvenirs qu’on conserve, sont bien plus parlants que les racontars qu’on peut faire sur les aventures qui n’appartiennent qu’à nous ou sur nos idées personnelles.

Ainsi, j’étais déjà sous le charme de la structure romanesque. Il faut dire que l’article sera élogieux : la seule chose m’ayant gênée étant que l’autrice n’aimait ni les chats, ni les chiens, sans jamais leur faire de mal, bien évidemment. Mais son désintérêt pour les animaux de compagnie illustre en réalité une scission entre le Liban et la France en ce qui concerne cette notion.
Ainsi, chacun des courts chapitres présente une personne qu’elle a aimait – ou non – mais qui a eu un impact non négligeable dans sa vie. Famille, amis d’enfances, amoureux, psy, inconnus de passage… L’autrice dresse le portrait de la personne, incisif, sincère, émouvant, en quelques mots, quelques lignes, et retrace les histoires et aventures vécues au côté de cette personne en quelques pages. C’est du talent et du génie à la fois, avec une grande qualité d’écriture et de sentiments bien retranscrits.
Ainsi on s’attache à ces « absents » ces « déjà fantômes » de part le titre. A tout lire d’un coup, d’affilé comme ça, on peut s’attendre à être franchement déprimé par moment. Je préviens, car je me suis faite avoir. Le livre brasse Beyrouth et Paris, une guerre qui n’en fini jamais et tant de moments de vies, de visages, il parle aussi énormément du déracinement. Du lien qui se distant, d’être chez-soi partout et nulle part à la fois, de ne pas choisir réellement son pays, de voir ses rêves s’effondrer…

C’est une belle fresque, finalement, qui est ici proposée, et qui, si rapidement et si simplement, plante le décor et permet de comprendre la guerre au Liban, en quelques mots, quelques expressions, de saisir cette réalité qui nous parait aujourd’hui un peu lointaine. J’arrivais à comprendre quoi était où, quels enjeux pour quelles confessions, quels affrontements dans quels lieux mieux que je ne l’avais fait jusqu’alors. Cela est dû à l’écriture « droit au but » et à l’économie de mots dont l’autrice fait preuve. Une économie, peut-être, mais sans doute un grand maniement, une grande recherche du mot juste. Celui qui sonnera réellement bien.

Enfin, parlons de ces absents, ces absents qui nous décrivent le monde : du Liban à Paris, qui nous dresse un portrait des années 1970 à 1990 de manière vivante. Tous ces absents qu’on a l’impression de croiser soi-même, ces disparus, comme les fantômes d’une vie. « Tiens, qu’est devenu ce camarade de classe ?« 
L’autrice en a été séparée par la guerre, les meurtres, la jalousie, des broutilles, la distances, la tromperie… Cette galerie des portraits à cela de riche qu’elle ne se concentre pas sur les horribles drames, déchirures, qui lui ont arraché des proches, non. Elle balaie toute sa vie, tous les souvenirs qu’elle chérie (ou pas) de chacun, même les ruptures amoureuses : tout, absolument tout, ce qui a été essentiel dans sa vie. Cela témoigne, là encore, d’une grande sensibilité et d’une belle maîtrise de l’écriture, pour savoir faire la part des choses tout en proposant un mélange, un vrai bouillon de culture, qui, finalement, illustre une part de l’histoire portée part les émigrés libanais à Paris.

15 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Madame lit dit :

    Un bien beau choix de lecture alors… je crois que j’aimerais beaucoup lire cette histoire. Intéressant ce thème de l’absentéisme. Aussi, c’est vrai qu’on réalise que nous ne traitons pas les animaux de compagnie de la même façon avec des auteurs étrangers. J’ai un chat et des chiens et ils sont des membres de la famille. Titre noté pour le bilan. Merci!

    1. C’est vraiment un beau livre, vraiment je ne peux que te le conseiller. J’ai fait 3 belles lectures grâce à toi et ton challenge de ce mois ci !

      Oui, en occident on les considère comme des membres de la famille et on a parfois du mal a comprendre l’inverse, on dit toujours qu’il faut se méfier des gens qui n’aiment pas les animaux. Alors que dans ce cas, c’est une question simplement culturelle.

      C’est un détail très bête et pas du tout important dans le livre Ahah mais j’en ai parlé.

      1. Madame lit dit :

        D’accord! J’ai noté le titre. Merci beaucoup!

  2. Goran dit :

    Et bien tu es très enthousiaste… Je notes ce titre, on ne sait jamais…

    1. Je te l’avais dit j’ai fait se très belles lectures récemment ! Ce livre m’a énormément plu. Le prix Senghor m’a beaucoup inspiré

      1. Goran dit :

        Oui, c’est vrai mais j’ai une fâcheuse tendance à oublier les choses 😉

      2. Ahah non tu t’en souvenais ! Tu m’as fait la réflexion sur l’article précédent 😜

      3. Goran dit :

        Ça c’était il y a des siècles pour moi 🙂

  3. Votre chronique me plait beaucoup ! L’idée de consacrer un court chapitre à chaque personne de son existence est une super invention. Vous m’avez convaincue 🙂

    1. J’en suis ravie !
      Cela a été un véritable coup de cœur, il se lit vite mais cela n’empêche pas qu’il soit lourd de sens et très bien écrit. Et en effet, la manière dont ils est construit est vraiment superbe et prenante !

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