Tribaliques – Lopes

Recueil de courtes nouvelles intéressantes dans lesquelles se mêlent des réflexions sur le communisme, le féminisme et le colonialisme. Lecture dans le cadre du Challenge 2020 de Madame Lit : Tribaliques a été récompensé par le Grand Prix littéraire de l’Afrique noire en 1971.

Henri Lopes, Tribaliques, Coéditions Clé & Nena, 2013 pour l’édition numérique, 109 pages.

Pour trouver ce livre, j’ai fait des pieds et des mains, si bien que je ne l’ai trouvé qu’en numérique et que je l’ai acheté : je le regrette amèrement. Et pour cause, les fichiers words où je consignais mes historiettes quand j’avais onze ans étaient mieux tenus et mis en page. Mais cela, l’auteur n’y est pour rien. C’est tout de même une honte de publier et de vendre ça.
Cela n’empêche que je m’interroge pourquoi ce livre n’est pas réédité. Les nouvelles sont très intéressantes mais je ne dirais pas belles, dans le sens où elles livrent une vérité brute. Brute mais pas forcément brutale.

J’ai d’abord été agréablement surprise du fort féminisme contenu dans les premières nouvelles. Un féminisme non-blanc qui fait grandement défaut dans les luttes féministes de notre pays, bien que je sois plutôt mal placée pour m’exprimer sur le sujet. Mais justement, ce livre porte les valeurs féministes d’une très forte et sensible, évoquant la place des femmes et la rébellion qui couve en ces dernières mais qu’elles ne peuvent pas toujours exprimer.
Il parle d’un grand écart dans une société où on éduque les filles, où on les envoie à l’école, mais à qui on leur dit aussi : « les études (l’amusement) sont finies, et elles sont renvoyer à la case départ ou mariées par leurs parents. C’est peut-être assez caricatural, la manière dont je le dis, mais c’est ce que dénonce Lopes d’une assez belle et percutante façon.

Le livre nous apprend beaucoup de chose sur la situation de la République du Congo dans les années 1970. Il évoque par exemple l’importance du lien qui existe entre les individus d’une même tribu. Ce lien fraternel est plus fort que tout ce qui entoure les personnages peuplant les nouvelles. Si quelqu’un a fait la même école, est issu du même milieu, ou quoi qu’il en soit, il demeurera toujours un étranger indigne de confiance comparé au pire des raté de la tribu.
Ce thème, largement exploité dans ce livre, permet de comprendre aberration qu’a été le colonialisme. Les Occidentaux sont venus mettre leur nez dans ce pays dont ils n’avaient aucun code.

Ainsi, il y a bel et bien une critique du colonialisme, et elle passe beaucoup par l’habillement. La thématique vestimentaire est également très présente : l’importance des perruques, et, justement, la grande différence de tenue entre les Congolais et les Occidentaux. Les premiers, toujours tirés à quatre épingles dans de costumes sombres, très dignes, malgré la chaleur suffocante. Les seconds, comme des pantomimes d’exploiteurs en lin, les bras de chemises retroussés jusqu’aux coudes et en sandales. L’habillement étant important, ces blancs qui se prennent pour les maîtres de l’univers ne montrent donc aucun respect jusque dans les ambassades où ils grouillent.
La manière de se vêtir est également une manière de rentrer dans le rang, de montrer son appartenance à telle ou telle couche de la société.

Enfin, Tribaltiques met surtout en scène des intellectuels. Des personnages qui semblent hors sol, hors du temps, hors de leur pays, qui portent souvent en eux des rêves de communisme. Ces personnages principaux s’opposent à la masse, préférant le calme d’une bibliothèque là où les autres préfèrent la fête et le football.
On découvre alors une République du Congo à deux vitesses dans laquelle, pour vivre et non pas seulement survivre, pour réussir, il vaut mieux être issu de la tribu d’un influent car il fera tout pour vous.

Entre coutumes ancrées et arrangement avec le colonialisme déjà bien installé, c’est une merveilleuse fresque – pourtant glaçante dans ces nouvelles caniculaires – que nous livre Henri Lopes qui devint ministre quelques années après avoir reçu le prix qui m’a incité à lire cet ouvrage.

14 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Goran dit :

    Moi j’aimerais bien lire tes histoirettes de quand tu avais onze anns 🙂

    1. Tu serais mort de rire mais mes copines étaient fanes Hihi

  2. Je ne connaissais pas, mais dommage que l’ouvrage soit difficile à trouver, car il semble intéressant d’autant que je ne connais pas du tout le Congo…

    1. Oui ! Il doit être trouvable d’occasion… Mais je ne l’ai pas vu sur le site de Gibert Joseph.
      C’est vrai que j’ai beaucoup appris à travers ces courtes nouvelles. J’ai participé au défi de Madame Lit en partie pour découvrir certains pays que je ne connais pas du tout !

      1. C’est un défi intéressant pour sortir de la présence écrasante des auteurs francophones et anglo-saxons dans les rayons de nos libraires…

  3. Madame lit dit :

    Je retrouve certains thèmes dans le livre que je viens d’amorcer pour le défi (importance de la tribu, société patriarcale, etc.). Je trouve ces livres puissants et riches en histoire.

    1. Exactement ! Ce sont de très belles découvertes. Merci pour ce beau défi ! Que lis tu ?

      1. Madame lit dit :

        Crépuscule du tourment de Léonora Milano. C’est très bien écrit.

      2. il me tarde de lire ton article !

  4. En lisant Tribaltiques j’ai flashé sur la partie « baltiques », évidemment, mais en fait il n’y a pas de « t » dans le titre, non? En tout cas, ça a l’air drôlement intéressant et j’ai bien aimé le passage sur les vêtements, qui m’a rappelé un ancien collègue né au Congo et toujours tiré à quatre épingles.

    1. Je m’étais bien aperçue que j’avais fait la faute et je pensais l’avoir corrigé, chose faite grâce à toi merci ! En effet j’ai tellement envie de lire de la littérature de la baltique je me suis fourvoyée !
      Oui, très intéressant, j’ai appris beaucoup de choses sur une culture qu' »on » croit connaître mais en fait pas du tout. Je suis contente que tu y ai vu un écho.

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