La grève des bàttu – Sow Fall

Pas de faute dans le titre ici, le bàttu est ce que nous surnommons « le chapeau » que tendent les sdf. Ainsi, au Sénégal, ils ont hérité de ce nom eux-mêmes : les bàttu.
Lecture dans le cadre du Challenge 2020 de Madame Lit : La grève des bàttu a été récompensé par le Grand Prix littéraire de l’Afrique noire en 1980.

Aminata Sow Fall, La grève des bàttu, Le serpent à plume, 2001, 167 pages.

Quelle belle lecture ! Très rapide, plutôt rythmée, très sobre et simple. Sans jamais d’envolée lyrique, il y a quelque chose de très humble dans l’écriture et c’est peut-être d’ailleurs la modestie qui est au cœur du récit.

Comme le titre l’indique les personnes dans le besoin vont se mettre en grève, et c’est très exactement le fil conducteur, le centre, le résumé de toute l’histoire. D’habitude ce sont des métiers utiles qui se mettent en grève pour faire entendre leurs revendications. La grève des sans domicile fixe dans le besoin parait pour le moins incohérentes… Et pourtant.

Ce livre, comme vous vous en doutez, porte une très belle critique de la société. Imbus d’eux-mêmes et enivrés par le pouvoir, les hommes qui travaillent à la mairie se rêvent vice-président ou ministre. Pour atteindre leur but, ils doivent relancer l’économie en attirant les touristes. Pour cela, ils organisent de réelles chasses à l’homme dans la ville pour virer des rues ceux qui quémandent aux riches.
Ces derniers s’isolent alors en banlieue et le drame commence.

Dans la culture dominante, il est nécessaire d’offrir aux pauvres pour s’attirer la grâce de Dieu. Et, à part Kéba-Dabo qui ne supporte pas la mendicité, tout le monde s’applique à donner aux plus démunis. Mais ces derniers ont disparu.
L’autrice mène alors une belle et puissante critique d’une société où on ne donne pas par bonté mais pour obtenir quelque chose. On n’agit que dans son propre intérêt, par orgueil, pour gravir les échelons, jamais sans une idée derrière la tête. Alors que c’est justement le fait d’être humble qui pourrait sauver et élever les hommes. Mais non, ils ne souhaitent que puissance et contrôle et sont pris à leur propre jeu : ils leur est désormais impossible de faire offrande et ils entrent dans une spirale infernale.

Au-delà d’évoquer la mauvaise répartition des richesses, le livre critique ceux dont l’arrogance détruit la vie ainsi que la vie des autres et de leurs proches. Par exemple, nous avons droit à de très beaux, sensibles et poignants passages féministes. Le mépris comme perte de soi-même.

12 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Goran dit :

    Je ne savais pas que l’on pouvait donner par bonté… Décidément j’en apprend tout les jours…

      1. Cette semaine un sdf m’a donné 5 centimes

      2. Goran dit :

        Sérieux ? 🙂

      3. Oui, il me trouvait sympa, « pour me porter chance » ça m’a fait pensé à ce roman.

      4. Goran dit :

        C’est vrai que tu semble sympa 😉

  2. Madame lit dit :

    C’est beau ça «Le mépris comme perte de soi-même ». Je note ce titre pour le bilan!

    1. Merci pour la participation au challenge 😀
      Oui, j’avais du mal à tourner l’idée que j’en avais : mais c’est bien ça

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