Une femme chez les chasseurs de têtes – Titaÿna

Rappelez-vous du merveilleux Lisière de Kassabova, aventureux et spirituel aux confins du monde, j’avais été charmée par la ligne éditoriale de la maison qui proposait ce livre. Marichialy propose également les récits de voyages de la toute aussi aventureuse Titaÿna.
Malheureusement je n’ai trouvé que l’édition poche éditée par « Points » je n’ai pas pu profiter de leur beau travail graphique.

Titaÿna, Une femme chez les chasseurs de têtes, Marchialy, 2016, 275 pages.

Titaÿna est une intrépide jeune femme française au début du siècle dernier. Elle souhaite être journaliste et découvrir le monde. Mieux ! Elle souhaite découvrir ce que personne n’a encore jamais vu, elle veut comprendre ces populations que ses semblables ont décimés.

Le livre est découpé en quatre parts inégales. Le première qui donna son nom au livre, la seconde « La caravane des morts » qui se déroule en pays arabes, « 10 000 kilomètres à bord des avions ivres » prenant place aux USA pendant la prohibition et enfin « Mémoires de reporter » qui explique et raconte un peu les motivations de la jeune femme.
C’est dans cette dernière partie qu’on découvre son histoire, ce qui anime sa volonté, le choix de son pseudonyme et les diverses embûches qu’elle a rencontré depuis notre continent. On comprend également que ce que nous venons de lire sont des articles qu’elle avait d’abord destiné à la presse parfois sans succès.

C’est un beau livre anticolonialiste, dans le respect des traditions, où une jeune fille blanche ne cherche pas à s’imposer mais à comprendre. Observatrice candide mais qui parvient difficilement à être discrète tant elle peut être un objet de curiosité par sa jeunesse et son intrépidité.
Il faut dire qu’elle n’a peur de rien et louvoie au milieu des reptiles et autres sangsues dans des décors de cauchemar. Ce n’est pas que c’est facile pour elle, et, malgré le semblant de confort qu’elle apporte dans son sillage, elle essaie de respecter au mieux le lieu, les coutumes et les croyances. Malgré sa jeunesse et son époque, elle réalise bien mieux les enjeux de ce qui se joue dans les pays qu’elle visite, contrairement à ses patriotes qui piétinent sans vergogne des millénaires d’histoire.
La première partie nous embarque en Indonésie et elle y vit des émotions très fortes, pleines de contradictions, entre l’effroi que lui inspirent certaines coutumes, la fascination, la volonté toujours plus forte de découvrir et de comprendre et de faire part d’un grand tout qu’est le monde et l’humain.

C’est dans cette partie où elle est la plus tranchante et amère envers le massacre des coutumes et des tradition, envers le culte de l’argent. Il faut dire, c’est cette première partie qui m’a tout particulièrement enchantée et plu et que je recommande la plus chaudement. Quelques extraits choisis :
En parlant d’un « fonctionnaire indigène » : « La reine de Hollande le reçut avec pompe à La Haye, les autorités françaises le saluèrent à son passage en France, deux femmes blanches l’honorèrent de leurs faveurs à Marseille. Ici, les fonctionnaires hollandais le traitent de haut, lui donne des ordres, ne le reçoivent pas. Partagé entre la vanité et la servilité, il a fait construire pour sa mère une case en bois sur pilotis, copie du palais de la reine-mère à Soestdijk ; en visite chez le contrôleur, il s’assied sur le bord d’une chaise et s’incline entre chaque mot.« 

Cette première partie est ma favorite, et malgré sa fascination pour la caravane des morts, qui transportent les corps, on se retrouve surtout dans une aventure où elle est perdue, blessée, et où sa débrouillardise ne suffit plus. Pourtant, j’étais enchantée, moi aussi, par cette idée de traversée du désert accompagnée de cadavres qui tentent de rejoindre leur dernière demeure tels des zombies.
Entre récit d’aventure, d’états d’âmes et de certaines conclusions lumineuses et limpides sur le monde… je vous laisse vous faire une idée et je vous conseille de découvrir ce beau livre !

11 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Je n’ai jamais lu de livre anticolonialiste et celui-ci semble intéressant avec une héroïne respectueuse et téméraire. Merci pour la découverte.

    1. Oui, c’est un livre qui me parait très honnête, c’était une jeune femme de son temps. Sensible et déterminée comme les gens de son âge ! Je pense que c’est une jolie lecture !

  2. Goran dit :

    Ça me fait penser au film féministe « Cannibal Women in the Avocado Jungle of Death » 🙂

    1. Je ne connaissais pas ! Ca à l’air marrant mais j’imagine que ça a un peu mal vieilli, non ?

      1. Goran dit :

        C’est tout de même assez drôle. On va dire que c’est un bon nanar…

      2. Ahah ça en a l’air oui !

      3. Goran dit :

        Et c’est pas vraiment féministe, mon message était ironique 😉

      4. Oui j’ai bien compris en lisant le résumé Hihi

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