La Revue de l’Automne – 2020

Traditionnellement, je vous souhaite tous mes vœux pour la nouvelle année, voilà chose faite.
J’ai eu beaucoup de mal à sortir de mon hibernation ! Et la liste des expositions, longue comme le bras, dans lesquelles je devais me ruer dès le 15 du mois, a finalement sombré dans l’inutilité. Pour ceux qui n’ont pas très envie de lire, je vous rassure, il n’y aura pas grand chose à potasser !

Ce trimestre on a eu : Une belle interview de Guy Bordin !

J’ai aussi la joie et l’honneur de vous annoncer que je participe au jury du Prix des chroniqueurs #autoédition 2021 ! Pour en savoir plus, je vous invite à vous rendre sur la FAQ très complète qui est juste ICI. Vous y trouverez la liste des membres du jury, les livres en lices et les modalités de sélection.
Merci à Coralie pour porter et avoir lancé ce beau prix !
De mon côté, je vous en dirai plus le 7 janvier, à très vite !

Aussi, rendez-vous le 9 mai pour une Lecture Commune avec Goran. Vous êtes les bienvenus ! (inscriptions en commentaire), livre concerné :

L’EAU ROUGE de Jurica Pavicic chez Agullo Editions, 2021.
Premier Polar Croate en France.
« Croatie, 1989. Dans un bourg de la côte dalmate, Silva, 17 ans, disparaît durant la fête des pêcheurs. L’enquête menée par Gorki Sain fait émerger un portrait complexe de cette jeune fille qui prenait et revendait de la drogue. Quand le régime de Tito s’effondre, l’inspecteur est poussé à la démission et l’affaire classée. Seule la famille de Silva poursuit obstinément les recherches.
À travers ce drame intime et la quête de la vérité par la famille, L’Eau rouge déploie dans une grande fresque les bouleversements de la société croate : chute du communisme, guerre de 1991 à 1995, effondrement de l’économie et de l’industrie, statut des vétérans de guerre, explosion de l’industrie touristique et spéculation foncière, investissements étrangers et corruption… Ou comment les traumatismes de l’Histoire forgent les destins individuels.
« 

Barmaid aux Lettres, 2020.

CHALLENGES

Ω CHALLENGE : Voix d’autrices
Nouvelle résolution : après 3 ans de bons et loyaux services, je ne réitère pas l’aventure, mais j’en commence d’autres ! (voir ci-dessous)
Yaa Gyasi, No Home
Mariama Bâ, Une si longue lettre
Aminata Sow Fall, La grève des bàttu
Titaÿna, Une femme chez les chasseurs de têtes
Pour lecture VO : présentant des essais rédigés par les contributrices Duygu Demir, Geeta Kapur, Kiki Mazzucchelli, Tracy Murinski, Jane Neal, Kaelen Wilson-Goldie : Art Cities of the Future
Vera Brosgol, La vie hantée d’Anya
Almudena Grandes, Les vents contraires
Luda, Contes russes
Nathalie Heinich, Etats de femme
Saniyah Salih, seule poétesse de ce recueil

Ω CHALLENGE : Romans Graphiques
Florent Chavouet, L’île Louvre, Le côté carnet de note et de dessin qui peut paraître enfantin si on n’y fait pas attention est en réalité très esthétique et ludique.
Alessandro Pignocchi, La cosmologie du futur, Ces romans graphiques prennent place dans un monde où les oiseaux ont autant de poids que les humains, où le concept même de nature n’existe pas. L’humain, la culture, et la nature ne sont pas indissociables.
Chester Brown, Ving-trois prostituées, C’est donc un récit complet qui se questionne sur de nombreux concepts qui ponctuent notre vie de tous les jours : le sexe, l’amour… Le regard autobiographique et « de côté » de l’auteur lui permet d’expérimenter ses réflexions au rythme des années.
Florent Manelli, 40 LGBT+ qui ont changé le monde, un chef-d’œuvre !
Sans article, mon avis ici directement ici car il est très court : Zidrou et Aimée de Jongh, L’Obsolescence programmée de nos sentiments.
L’histoire est assez courtes et les pages se tournent sans qu’on s’en aperçoive. Pourtant, c’est très bien écrit, une vraie tendresse se dégage des dialogues et de la narration, c’est plutôt réussi.
J’ai particulièrement aimé le trait d’Aimée de Jongh, qui sied particulièrement à la thématique. La thématique ? Le temps qui passe inexorablement, le temps effroyable de la vie qui passe. En douceur, le temps qui laisse ses trâce, de plus en plus visible. Les gens meurent autour de soi, injustement parfois, et le temps de la retraite sonne. On ne se sent plus bon à rien, il n’y a rien à faire une fois à la retraite, l’ennui, faire semblant de s’occuper. Ce temps libre qu’on aurait adoré avoir et quand on l’a on n’est plus aussi vivace, on est seul.
Ce livre est un roman graphique à l’eau de rose mais sincère. Ca m’a beaucoup plu. Il y a plus de complexité que juste une histoire d’amour. Disons que la complexité réside dans les détails. Cela concerne surtout le regard que les gens portent sur la vieillesse.
Les gens qui se voient vieillir, réalise d’un coup leur âge, ou le jugement que les plus jeunes font.

Ω CHALLENGE : Madame Lit 2020
Grand Prix littéraire de l’Afrique noire en 2001: ABANDON (après une cinquantaine de pages) ne compte pas. La Fabrique des cérémonies, de Kossi Efoui : IMPOSSIBLE A LIRE, je ne suis pas parvenue à m’habituer à l’écriture, je n’y comprenais rien, pas une seule visualisation ne parvenait à s’imprimer dans ma caboche.
Grand Prix littéraire de l’Afrique noire en 1980 : Aminata Sow Fall, La grève des bàttu. Quelle belle lecture ! Très rapide, plutôt rythmée, très sobre et simple. Sans jamais d’envolée lyrique, il y a quelque chose de très humble dans l’écriture et c’est peut-être d’ailleurs la modestie qui est au cœur du récit.
Grand Prix littéraire de l’Afrique noire en 1982 : Mariama Bâ a été primée, en réalité, pour Un chant écarlate qui est son deuxième roman et pas Une si longue lettre qui est son premier.
Grand Prix littéraire de l’Afrique noire en 1971 : Tribaliques, entre coutumes ancrées et arrangement avec le colonialisme déjà bien installé, c’est une merveilleuse fresque – pourtant glaçante dans ces nouvelles caniculaires – que nous livre Henri Lopes qui devint ministre quelques années après avoir reçu le prix qui m’a incité à lire cet ouvrage.

Ω CHALLENGE : Tour du monde littéraire
Ce trimestre, on a découvert la République du Congo avec Henri Lopes, Tribaliques, le Sénégal avec Mariama Bâ, Une si longue lettre, l‘Inde avec Joydeep Roy-Bhattacharya, Une Antigone à Kandahar, la Syrie en poésie et le Ghana avec Yaa Gyasi, No Home.
Voici une totalité de 42 pays visités ! 🙂

Ω CHALLENGE : American Roadtrip Challenge
Nouvelle résolution : j’abandonne un challenge, pour en prendre deux autres ! (oui, c’est mal !) Celui-ci ressemble à celui juste ci-dessus, je voyage… Aux Etats-Unis ! Mise à jour depuis le 1er janvier 2019 :
Ce trimestre, on a découvert la Rhode Island avec Vera Brosgol, La vie hantée d’Anya, le Nevada avec Sénégal Willy Vlautin, Motel Life, la Californie avec Cynthia Eller, Living in the Lap of the Goddess, l’Oregon avec Leni Zumas, Les Heures rouges, le Kentucky avec Robert Kirkman, Walking Dead et la Floride avec AJ Dungo, In Waves.
Voici une totalité de 6/50 états visités ! 🙂

Ω CHALLENGE : Mythologics
Pour ce challenge, je dois remplir des consignes au fil de mes lectures, équivalent à des offrandes à des Dieux.
Amaterasu : Pour valider la déesse Mère des Empereurs, il faut lire un livre dans lequel la Mère a une place prépondérante : Etats de femmes de Nathalie Heinich présente justement la triste trinité à laquelle les héroïnes de roman ont droit : la vierge, la mère, ou la putain.
Bragi : Pour valider ce Dieu de la Poésie, il faudra… lire un recueil de poésie : Poésie syrienne contemporaine

Barmaid aux Lettres, 2020.

STATS

Ω En octobre, vous êtes 288 à être passés au bar ! (contre 199 en 2018 & 386 en 2019)
Les articles les plus lus sont Art Cities of the Future, Tribaliques de Lopes et La grève des battù de Sow Fall.

Ω En novembre, vous êtes 411 à être passés au bar ! (contre 270 en 2019 & 276 en 2018)
Les articles les plus lus sont : Vingt-trois prostituées de Brown, Les vents contraires de Grandes et l’entretien de Guy Bordin.

Ω En décembre, vous êtes 326 à être passés au bar ! (contre 125 en 2019 & 275en 2018)
Généralement, je ne présente que les trois articles les plus lus, mais cette fois les derniers articles sont tous au coude à coude. 40 LGBT + qui ont changés le monde de Florent Manelli est en tête, suivi de très près du recueil de Poésie contemporaine syrienne et des Contes russes de Luda, tous deux à égalité. Autre égalité, juste de derrière, d’Etats de femmes de Heinich et de L’île Louvre de Chavouet.

ON RETAPE LE BAR

Ω Je remanie de temps en temps certains vieux articles et je vous invite à les (re)découvrir.

Ω 2014
Germinie Lacerteux – Goncourt,roman naturaliste français, une avalanche de misère.

Ω 2016
Le rire de 17 personnes – collectif, recueil de nouvelles nord-coréennes.

EXPOSITIONS

Beya Gille Gacha et Cléophée Moser, En terre, 2020 © Paola Guigou

Ω AEDEN GALLERY (Strasbourg). Maison de force, exposition collective jusqu’au 17 octobre.
Tout ce que j’aime dans une exposition ! Cabinet de curiosité, féminisme, sorcellerie… L’exposition voulait repenser notre monde, le décrire et le critiquer. C’est chose réussie ! De violentes chimères, des cadavres robotiques hantent la scénographie, autant de figures fantomatiques qui dénoncent la crise écologique. Repenser le monde, revenir à la terre, ne plus nier le féminin, ne plus tuer les femmes. Et y croire, en sororité chamanique.

Catalogue de l’exposition.

Ω LA CITE DE L’ARCHITECTURE (Paris). Kinshasa Chroniques, exposition collective jusqu’au 5 juillet 2021.
Vous avez le temps d’y aller et donc aucune excuse ! C’est véritablement une belle exposition avec des thématiques très fortes, une jolie scénographie très street. J’y ai retrouvé des thématiques que j’ai croisé et évoqué lors de ma lecture de Tribaliques d’Henry Lopes qui parle aussi de la République démocratique du Congo. J’ai craqué sur le catalogue d’exposition, pour pouvoir faire revivre ce beau moment artistique depuis chez moi. Pluralité, c’est un mot pour décrire comme ça : chanson, danse, vidéo, BD, photographie… Les médiums artistiques se mêlent et foisonnent, comme la vie dans cette capitale. Les esthétiques sont très fortes, saturées, et m’amènent à pensé que cette richesse culturelle avant-gardiste aurait sa place dans Art Cities dont j’ai aussi récemment parlé. Le catalogue est un peu déceptif, reproductions de très grandes qualités, mais un peu fourre-tout : là o cela fonctionnait parfaitement en déambulant à travers les salles et les cimaises, ça ne fonctionne pas sur papier figé. Bref, exposition forte et exceptionnelle, résolument moderne et contemporaine, sans pour autant oublier ses rituels. Vraiment, expérience à vivre et à voir ! Un regard à la fois critique et amoureux porté par des artistes sur leur ville.

LUDOTHÈQUE

Ω The Dark Pictures Anthology: Little Hope & Man of Medan
Série de jeux vidéos d’horreur, petits frères du sublime Until Dawn, je vous présente des jeux d’horreur. Le petit dernier est Little Hope, sorti en novembre et que j’attendais depuis un an. L’idée du jeu est simple : c’est un jeu à choix, c’est à dire que les choix que vous faîtes déterminent l’arc narratif dans lequel vous évoluez. Faire un choix éclairé n’est pas toujours évident car zombies, fantômes ou autres assassins vous talonnent, dans l’urgence et souvent en pleine angoisse, en train de guetter le prochain jumpscare, il vous faudra pourtant ne pas faire de choix à la légère. De vos décisions seront issus les aventures qui vivront votre groupe de personnages. Leurs vies dépendent de vos choix. Autant vous dire, c’est une galère pour les garder tous en vie ! Je n’ai JAMAIS réussi. Les jeux à choix sont clairement mes jeux préférés (je parlerai surement d’autres) mais ceux-là, avec ce qu’il faut pour faire des cauchemars, me plaisent tout particulièrement. D’autant plus qu’on peut y jouer à plusieurs, chacun incarnant un personnage, ce qui vous permet aussi de subir les choix des autres, pour le pire le plus souvent. Enfin, ne pas choisir est un choix : un jeu très sartrien, tout pour me plaire !
Little Hope a pour thème une ville fantôme avec histories de fantômes au menu, et Man of Medan se passe dans une épave dont l’équipage a été ravagé par un mystérieux mal. Deux autres chapitres de cette saga sont prévus dans les prochaines années.

Barmaid aux Lettres, 2020.

PRESSE

Ω Webtoon
Webtoon est une application mobile qui propose des dizaines de BD. A la manière d’une série, une épisode sort chaque semaine. A la manière d’une plateforme de streaming, il y en a pour tous les goûts, fantastique, romance… Mais qui sont les auteurs de ces bédés ? Probablement de jeunes artistes et auteurs. Les premiers épisodes fleurent toujours la maladresse ainsi que le bric et le broc. Mais au fil des lectures, les styles s’affirment et la maîtrise se fait. C’est très intéressant, très sympa.
Tout est entièrement gratuit, et c’est bien ça qui est sympa. Il y a actuellement deux histoires que je suis avidement ahah !
Honteusement, Traditions d’Olympus de Rachel Smythe me plait beaucoup avec aplats tranchés, ses coloris roses, bleus ou jaunes saturés. Les mythes grecs sont, il est vrai, dépouilles et arrangés à la sauce de l’autrice pour livrer une love story digne de Twilight. Alors, oui, je sens vos poils se hérisser, honnêtement, nous ne sommes pas sur de la grande littérature, mais c’est drôle, rafraichissant, une adaptation naïve avec comme personnage principal Perséphone, ce qui est quand même sympas. Les clins d’œil mythologiques sont sympas et bien pensés.
Aussi, avis aux amateurs de dystopies et amoureux des livres « Lecteur Omniscient » de Sleepy-C. Le héros est un garçon discret, qui depuis plus de 10 ans lit un livre dont chaque chapitre sort de manière hebdomadaire, un peu une mise en abîme de l’application. C’est plutôt sympa comme idée, et bien évidemment, l’histoire débute quand le dernier chapitre parait, révélant un monde plongé dans le chao. La bédé présente ainsi un monde apocalyptique peuplé de monstre dans lequel le but est de survivre à la manière d’un jeu vidéo. Un croisement des genre bien sympa ! Bien détente !

Ω Chanson : What do you want ? – Nico Vega
Les pas des bottes frappent le pavé, il y a du rythme là-dedans, de la marche en cadence. Les pavés projettent des ombres bienheureuses, des ombres qui bougent comme saccadées. Elles sont tout un petit groupe de filles qui tapent le bitume. Tantôt dans l’obscurité, tantôt sous le projecteur d’un lampadaire. Comme le stroboscope d’un vidéo-clip. Leurs voix trop fortes résonnent dans la vieille ville. Elles rient, trop fort. Trop fort comme le bruit de leurs chaussures qui battent le sol.
Elles sont grises comme leurs lèvres sont rouges, comme leurs yeux sont ombrés de noir, de bleu, et de paillettes. Leurs jupes et leurs shorts laissent deviner leurs fesses, mouvements indécents.
La nuit est à elles. Leurs mains collent de sirop et de vodka sur les bouteilles de verres. Camaïeu d’écarlates sur les goulots.
Elles rient et boivent. S’entend le choc des bouteilles vides qui touchent le fond de la poubelle en résonnant.

« C’est là ! »

Elles arrivent à la fête, toutes les six. Leurs têtes tournent un peu. Elles sont sûres d’elles, elles ont l’air immenses et élancées. Elles entrent dans l’appartement en duchesses, en comtesses, en reines, en impératrices. Le parquet, les nombreuses voix et la musique étouffent le claquement de leurs talons. Elles avancent dans le salon comme une armée de panthères, soudées, indissociables, mais reconnaissables, des parties d’un tout. Kaléidoscope de fantasmes.
Elles ont de larges sourires peinturlurés, des bises claquent dans l’atmosphère brouillée de fumées de cigarettes et de joints. Quelques mots s’échangent. Elles ne paraissent pas farouches, avec leurs décolletés, leurs soutiens-gorges apparents ou apparemment absents. Leurs corps moulés et les poses qu’elles prennent pendant les discussions, avec main sur la hanche, le dos creux et les fesses en arrière ; attirent. Elles s’amusent de leur effet, désormais dispersées aux quatre coins du salon sans jamais se perdre du regard. Mais personne ne le remarque.

La pièce enfumée est pleine à craquer, les cadavres de bouteilles s’empilent sur les tables, dans les coins, sur le bar et les plaques de cuisson, ils s’immiscent dans les coussins du canapé.
Les six filles brillent, on leur a fait des cocktails dans lesquels elles ne boivent pas. Mais personne ne le remarque. Une goutte par-ci, une goutte par-là, un peu de ce liquide vidé dans le goulot de bouteille abandonné là… Elles rient à gorge déployée, se rapprochent des corps.

Les regards passent sur leurs talons hauts, sur leurs jambes qui n’en finissent plus de s’allonger jusqu’à s’engouffrer sous de vains tissus, sur leurs nombrils parfois habillés, sur leurs hauts serrés ou échancrés, sur leurs visages maquillés, sur leurs cheveux parfumés, et sur leurs grands sacs…
Sacs à dos négligemment jetés sur une épaule, sac cabas classique et invisible, sac hobo ou sac bowler vintages pour le style, tous de grands sacs de femmes. Mais personne ne les remarque.

Elles se sont fait inviter par le biais de deux autres filles qui ne sont pas là ce soir, elles ne sont pas surprises de découvrir une soirée essentiellement habitée d’hommes. Elles dansent doucement, c’est moins de la danse que des hochements au rythme des basses.
De ces deux autres filles elles ne connaissent que les pseudos sur les réseaux. De ces deux autres filles, elles n’en connaissent que l’histoire tristement commune.

Elles font connaissance, avec leurs yeux qui brillent, leurs cheveux qui ondulent en cadence avec la musique, leurs sourires qui rosissent, leurs t-shirts et leurs jupes qui remontent, leurs talons au bruit étouffé.
Elles repèrent les quelques noms qu’elles connaissent. Les quelques noms qu’on leur a donnés.
Elles dansent sur la musique, les hanches à gauche, les hanches à droite, les genoux qui saccadent le son, le sourire enjôleur. Elles ne se perdent pas du regard. Les gars leur parlent.
Six clins d’œil fusent, six index se placent sous leur paupière fermée.
Ça, les gars qui leur parlent le remarquent.
Elles explosent d’un rire joyeux et communicatif, se dandinent, plongent leurs mains dans leurs grands sacs. Ça, ils le remarquent à peine.

Les battes de baseball sont extraites comme d’énormes chibres, brandis, les sacs sont par terre, le sourire des filles est immense.
Elles visent les têtes.
Première base.
Elles visent les couilles et les bites.
Seconde base.
Elles rient.
Ceux dont le prénom apparait sur leur liste sont K.O., leurs copains tentent d’arracher les battes des mains des filles. Coups de coude dans les gorges, les estomacs, les poitrines qui n’étaient pas préparées à ce genre de choc. Talons lancés sur les pieds, dans le creux des genoux, sur les sachets de thé qui infusent sous les jeans.
Elles rient.
C’est une tuerie, leurs battes deviennent écarlates comme leurs lèvres.
Elles rient.
Le mur s’éclabousse de sang à l’image des paillettes sur leurs paupières.
Elles rient.

Quand ils sont KO, elles rangent sagement et proprement les battes dans des sachets plastiques, en vue de ne pas salir leurs sacs, elles épaulent ces derniers. Elles mettent des gants chirurgicaux, écrivent « vengeance » sur les murs ensanglantés, sur le verre des tables, mélange d’hémoglobine et de cendre.
Elles ne rient plus, se concentrent. Elles lancent des « chut ! » quand elles entendent geindre. Elles tapent des talons et se font obéir de ces armes qui au premier abord avaient excité. On entend enfin leur son grâce au silence des voix. Il n’y a plus que la musique qui résonne et qui continue de cacher tous leurs agissements.
Avec les battes, elles emballent les verres qu’on leur a offerts, les seules choses qu’elles ont touchées dans cette soirée.

En cadence, leurs talons claquent, en cadence, elles repartent, laissant comme dernière vision à ces messieurs leurs fesses trop moulées qui s’en vont.

Elles dévalent l’escalier, nettoient l’interphone et partent en courant. En riant.

L’une d’entre elles envoie un message :

« C’est fait. »

Irina coufinée, Barmaid aux Lettres, 2020.

LIEUX

Ω Strasbourg (67). AEDEN.
Excellent brunch, un personnel au top et réactif, très beau cadre.

Ω Strasbourg (67). AUX ARMES DE STRASBOURG.
Bon restaurant typique.

Ω Strasbourg (67). MAISON KARMMERZELL.
Véritable institution strasbourgeoise je recommande non seulement pour les spécialités mais aussi pour le choix restreint mais sympathique de plats non traditionnels.

Ω Paris (09). PINK MAMMA.
Comme tous les restaus de la branche « Mamma », il est couru et adoré. Figurez-vous que c’est le deuxième que je tente, et que j’en sors avec un mal de bide terrible et l’impression d’avoir avalé un bidon d’huile. J’ai pris une salade, parce que je me méfiais, et ben même impression, de la crème à l’huile pour sauce, incroyable.

Ω Paris (02). DANICO.
Pantomime de speakeasy, l’atmosphère n’en demeure pas moins exceptionnelle. Intime, romantique, aux cocktails osés mais très réussis.

Eh bien voilà un trimestre pauvre en sorties, en expos et en théâtre, j’espère tout de même que, de votre côté, vous avez pu continuer à faire des découvertes !

18 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Goran dit :

    Très très belle année à toi. Comme très intéressant ton bilan…

    1. Je me lance encore dans une foulitude de challenges eheh bonne année à toi !

      1. Goran dit :

        Je serai bien incapable, j’admire ton énergie…

      2. Ahah ça ne m’en coûte pas beaucoup !

      3. Goran dit :

        Ce qui veut dire que tu en as encore beaucoup beaucoup plus sous le pied, ouaou, me voilà encore plus admiratif 🙂

  2. Eva dit :

    Très bonne année à toi.
    Je voudrais participer à la lecture commune avec toi et Goran. Le livre a l’air très intéressant !

    1. J’en suis ravie ! Bienvenue dans la lecture commune ! Le livre paraîtra en mars.

  3. Madame lit dit :

    Très bonne année… j’ai décidé de ne pas créer un autre défi pour 2021. Avec le confinement, c’est difficile de trouver des livres. Je vais explorer ma PAL. Au plaisir et merci d’avoir participé à mon défi.

    1. Bonne année !
      Tu fais bien si tu n’en as pas envie pour cette année ! Avec plaisir 😁

  4. PatiVore dit :

    Un beau bilan, tout de même, Barmaid 😉 Courage, coufine-toi comme Irina (très belle photo) et une très belle année 2021 🙂

    1. Merci !
      Elle est très efficace pour accompagner la lecture avec ses ronrons 😉

  5. Patrice dit :

    Bravo pour le bilan et bonne année 2021 !
    Eva m’a devancé pour la lecture commune, ce qui va donner lieu à d’âpres négociations de couple pour savoir qui d’entre nous y participera, car ce livre m’intéresse beaucoup aussi 🙂

    1. Merci beaucoup !

      Je vous invite à le lire tous les deux alors hihihi !

      1. Patrice dit :

        Oui, c’est une possibilité !

      2. Vous me tiendrez au courant ! Vivement la LC 🙂

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