Comme tous les après-midi – Pirzad

La douceur assassine de la mélancolie aurait pu être le second titre de l’ouvrage.
J’avais adoré découvrir la littérature iranienne avec Les jardins de la consolation, il me tardait de tenter à nouveau l’expérience.

Zoya Pirzad, Comme tous les après-midi, éditions Zulma, 2007, 149 pages.

Ce sont des nouvelles excessivement courtes qui s’enchaînent en un rythme lancinant. Lancinant, comme la langueur des après-midis où rien ne se passe si ce n’est l’agitation de la rue, du hors soi, qu’on regarde à travers la fenêtre. Qu’on regarde ? Ou que notre regard traverse, sans vraiment le voir, dans une semi-conscience.

Des histoires de femmes se multiplient, passent, comme leur vie, sous nos yeux. Femme seconde de.., derrière l’homme, derrière les enfants, derrière la fenêtre… Que sont ces vies où il n’y a rien à attendre, rien à faire à part la lessive et le diner ? C’est un hommage aux femmes littéralement de l’ombre, aux sous comptés en tremblant, à l’inquiétude du lendemain, l’inquiétude pour les siens.
Parfois, l’histoire d’un homme ou d’une enfant qui deviendra grande. Tout est rédigé dans cette laconique tristesse, particulière et résignée. De la neige, du soleil, les saisons s’enchainent comme des perles sur un chapelet. Maman m’a appris à bien tenir la maison, comme grand-mère lui avait appris. Des lignées entières de femmes au foyer, forme confinée, en dehors de la foule bouillante des bureaux.

Des vies dont cette écriture presque timide garde la trace et rend hommage, dans cette société dont, finalement, elles ne connaissent que les récits d’enfants amusés par l’école ou des anecdotes de bureau du mari.
C’est pas une remise en question mais un lent ode à ces invisibles. Que laissent-elles derrière elles ? Des fleurs qu’elles ont planté, une couverture qu’elles ont cousu, une progéniture qu’elles ont élevé, un fantôme ?
Qui sont-elles à part ces silhouettes attentives derrière la fenêtre ? Qu’est ce qui les caractérise ?

Un bel hommage (oui ce mot est beaucoup trop présent en si peu de lignes) à ces vies qu’on ne voit pas, auxquelles on ne pense pas. Une magnifique réflexion « après quoi ? » que laisse-t-on ?

9 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Goran dit :

    J’aime quand il y a une ambiance de laconique tristesse, particulière et résignée… Je voulais faire aussi une petite blague sur la lessive, mais je me suis arrêté au dernier moment… 🙂

    1. Ahah : Ca parle de lessive et même pas d’un point de vue féministe ! Non c’est très beau mais très court, très rapide. Vraiment j’ai un excellent souvenir de cette lecture

      1. Goran dit :

        Oui, c’est ce qu’on ressent avec ton excellent article… 😉

      2. Ahah ! Merci merci ! J’adore qu’on me jette des fleurs !

      3. Goran dit :

        Attention à ma remarque sexiste 😀 « Comme toutes les femmes »

      4. les hommes aussi aiment ça ! ils ne se feraient pas tant mousser sinon ahah

      5. Goran dit :

        Mais oui je sais, c’était pour plaisanter 😉 enfin tous sauf moi bien sûr…

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