L’Homme qui savait la langue des serpents – Kivirähk

C’est rare quand je présente deux livres d’un même auteur, surtout le même mois, que je les enchaîne coup sur coup ! Mais après le coup de cœur absolu qu’à été Les Groseilles de Novembre, je me suis jetée sur son autre roman.
Dernière balade en Estonie dans le cadre du Challenge des littératures de l’Europe de l’Est d’Eva, Patrice et Goran.

Andrus Kivirähk, L’Homme qui savait la langue des serpents, Le Tripode, 2013, 444 pages.

C’est du grand géni littéraire, déjà, c’est beau. C’est super bien écrit, efficace, on ne s’ennuie pas deux secondes. C’est un livre qui m’a fait faire des nuits blanches, tellement j’étais incapable de le lâcher !
Contrairement à d’habitude (et au précédent ouvrage suscité) j’ai même aimé la fin ! Oui, oui, oui ! C’est possible ! Même si la fin des Groseilles de Novembre m’avait paru déceptive, ce que je garde en mémoire c’est une lecture intense, qui vous transporte dans un univers fantastique et fantasmé par Kivirähk. A nouveau, j’ai eu l’impression de retomber dans mon propre imaginaire, dans mes rêves d’enfants.
Sorcières, ondins, sauvages de la forêt, communication avec les animaux… Tout y est sans être jamais niais, ou s’apparentant à de la fantasy. Le livre, ici, relève plus que du conte, il relève presque du champ historique. Il retrace d’anciennes croyances estoniennes, il parle du changement de la civilisation, quand l’Estonie a commencé à être évangélisé.
Il imagine à merveille et avec brio les coutumes d’antan.


En effet, je parlais de beauté : la langue est belle, certes, mais l’entièreté de la portée du message sous-jacent l’est tout autant. C’est un récit particulièrement profond et rêveur, porteur de sens, et quand même pas mal triste. La mort, le sang et la guerre sont dans le sillage de chaque chapitre, nous ne sommes pas à l’abris de l’horreur du monde des hommes comme de celui des bêtes.
Pourtant, une réelle poésie se dégage, au-delà d’une poétique attendue de l’amour, de l’amitié, de la famille, elle est pris ici avec un pas de côté : Les mœurs sont différentes, les coutumes nous paraissent nouvelles, et pourtant, tous sont en train de s’éteindre, le monde est merveilleux mais amené à être tu.


C’est vraiment un récit qu’il est impossible de lâcher, qui présente un univers foisonnant et complet, vraiment super bien exploité et poussé jusqu’au bout de son concept.
Un récit sur le temps qui passe et sur l’oubli, sur la perte des coutumes et sur l’évolution des hommes.
On découvre les vestiges des hommes préhistorique, des mages, on essaie de faire la part des choses entre les fausses croyances et les démons bien en chair, on côtoie, et c’est là tout le coeur du roman, les dernières personnes à parler la langue des serpents. Cette langue ancestrale qui permet de se faire écouter de n’importe quel animal, mais que l’âge du fer et de la religion a relégué au second plan. On évolue dans une mystérieuse forêt où subsistent ceux qui rêvent de retrouver l’ancien temps, qui lorgnent le village d’à côté qui rêve de se hisser jusqu’à Rome.

Dans ce roman, la violence est déchaînée, la violence païenne, animale, comme la violence sociétale et religieuse, celle des croisades. Beaucoup de sang tâche cette histoire empreinte d’esprits, un livre littéralement envoutant, un imaginaire débordant.

18 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Goran dit :

    Il va vraiment falloir que je lise cette écrivain… Et ça fait presque un an qu’une copine m’en a parlé en me disant que c’était devenu quasiment son auteur préféré et je ne m’y suis toujours pas mis… 😉

    1. Quelle honte ! Ça sent la lecture commune pour papillon ? 🤔 À réfléchir ! Car si celui là est moins bien que les deux autres je vais regretter de te l’avoir fait découvrir comme ça !

      1. Goran dit :

        Oui, j’ai honte et pourtant j’ai confiance en son goût très sûr 🙂

      2. Hihi on est pas toujours d’accord ceci dit !

      3. Goran dit :

        Surtout quand il est question de livre de plage 🙂

      4. Mais c’était pas une critique négative ! Mais un constat ! Cependant comme tu l’avais dit le problème vient sans doute de la traduction qui s’est trop approprié le truc en gommant l’étrangeté et rendant le décor d’horreur onirique

      5. Goran dit :

        Oui, j’ai bien compris, je plaisantais 😉

  2. J’adore cette chronique que j’approuve à 200%. Ça a été un choc littéraire pour moi, il est rentré immédiatement dans mes romans favoris. Ce livre est incroyable. J’ai Les Groseilles de novembre dans ma PAL, mais je n’ai pas encore osé franchir le pas, je le fais mariner un peu, sûrement en craignant d’être un peu déçue après le choc de L’homme qui savait la langue des serpents. (D’ailleurs, je n’ai pas encore lu ta chronique à ce sujet car j’ai envie de l’aborder sans rien en savoir – comme quand j’ai lu L’homme… -, mais je la garde dans un coin pour le jour où il sera enfin lu.)
    Merci pour cette critique, contribuons à faire découvrir Kivirähk ! ^^

    1. Oui, il est tout de suite entrer parmi mes auteurs préférés ! Un coup de cœur absolu !!! En effet, à l’inverse j’avais commencé par Les Groseilles de novembre, un peu comme toi, à l’aveugle. Et ça a été un tel coup de cœur, une telle révélation, que je me suis précipitée sur celui-là aussi, et pas déçue pour autant ! 😀

      1. On se comprend alors ! Il nous a fait le même effet ! Je ne savais rien de L’homme qui savait…, j’avais simplement été interpellée il y a longtemps par sa couverture et le livre comme ça, sans attente, sans idée de l’histoire, c’était vraiment parfait !
        En tout cas, j’espère adorer autant que toi Les groseilles de novembre !

      2. Je te le souhaite ! ❤️

  3. Ingannmic dit :

    Je rejoins complètement ta conclusion, j’ai été emportée par son inventivité, et le souffle qui porte l’intrigue.

    1. Exactement ! C’est prenant, frais et sombre à la fois, j’adore !

  4. jostein59 dit :

    Une vraie découverte

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