Les années de Zeth – Ibrahim

Pour commencer cet article, il faut à tout prix que je vous parle de l’écriture que j’ai trouvé très singulière. Loin de moi l’idée de vous débouter, mais vraiment ça m’a perturbé. L’écriture est lointaine et analytique, presque dans le jugement, à l’image de la langue utilisée dans les essais. Le personnage principal semble être à peine plus qu’une souris de laboratoire – et cette impression réside dans l’expression, oui, oui. Mais une note de l’éditeur en début de roman, nous indique qu’il y a eu une difficulté de traduction pour offrir au lecteur français toute la portée du prénom de l’héroïne : quelque chose comme « diffuse », « vaporeuse ».

Sonallah Ibrahim, Les années de Zeth, Acte Sud, 1993.

Enfin, l’écriture est particulière, pince sans rire. Mais donc, assez difficile à saisir. Il se gausse de ses personnages, balade le lecteur « bon, là il se passe des choses importantes mais on y reviendra pas, ou peut-être » On se fait vraiment trainer comme une serpillère, et, à l’image de Zeth, finalement, on subit le cour du roman, les évènements, et la manière dont l’auteur daigne bien nous les raconter.
Tout ça pour dire que c’est perturbant mais qu’on s’y fait.

Justement car c’est bien utilisé, ce fait, pour le lecteur, de se laisser porter par les choses, comme Zeth semble le faire, et de subir les évènements, comme Zeth là encore. En effet, entre chaque chapitre l’auteur propose des titres et des encarts de presse à foison. Le livre a paru en langue originale en 1992, donc il n’y avait pas les réseaux sociaux ni BFM TV. Eh bien, il était en avance sur son temps car ces pages, recueils de coupures de presse, sont au moins aussi anxiogènes qu’un pouce qui fait défiler Twitter ou les bandeaux mal orthographiés des chaînes en continues. Honnêtement chapeau, le monde est fou et ce n’est pas nouveau.
Oui, parce que j’oublie de dire que les encarts de presse sont réels, vraiment tirés de la presse égyptienne des années 60/70, lieu et temporalité où se déroule le roman.

Ce livre est empli d’étrange pour moi, mais aussi carrément d’horreur comme une Cassandre qui sait ce qu’il va se passer. En effet, les passages de presses m’ont fait un drôle d’effet, pour moi, dont un des premiers souvenirs d’actualité est l’effondrement des tours qui avaient interrompu les dessins animés, qui a vu la lumière dans les yeux de ma prof d’histoire alors qu’un jeune homme s’immolait en Tunisie, en nous disant « les jeunes, c’est l’histoire qui s’écrit sous vos yeux ». Ces coupures de presse, réelles je le rappelle, montre les accords et les échanges alors passés entre l’Égypte et les Etats Unis, les coups de pute (non, l’expression n’est pas élégantes), les prises à la gorge, et toute la violence politique qu’on appelle de manière distinguée les relations internationales… Ces faits sont glaçants, car ils ont été vrai et qu’on les lit avec notre regard, 50 ans plus tard. Sonallah Ibrahim réussi le pari risqué, également, de montrer la vie du peuple en ces temps là. Bombardés d’informations déprimantes, chacun (les pédants surtout, pour ne pas être à nouveau vulgaire) simprovisant experts géopolitique, mais fascinés par leur confort (et ça se comprend bien) comme l’arrivée du magnétoscope, nous montre bien les contradictions de notre monde. L’auteur, d’ailleurs, n’hésite pas à se concentrer sur la misère et la frustration sexuelle. Ne cessant ainsi son étude microscopique, des fourmis, de l’humain, tout en l’incluant dans le tout, la marche des choses qui aura irrémédiablement un incident sur eux.

La religion est comme une thématique de toile de fond dans ce roman. L’ampleur qu’elle prend dans la sphère géopolitique et qui résonne jusque dans la vie des personnages. Cette pauvre et invisible Seth, vit alors une forme de harcèlement permanent au travail. C’est réellement un fil rouge dans le livre, car lorsque ces périodes de « boycott », comme elle les appelle, surviennent, elle fera tout pour y remédier. Elle hausse le niveau de vie de sa famille à la force de ses mains, changent absolument sa façon de s’habiller, cherche à se faire des amis haut placé… Tout cela pour montrer qu’elle à la foi, qu’elle n’est pas communiste.
Et Seth souffre beaucoup de cette situation car, elle est accusée à tord, elle est très croyante. C’est un tiraillement terrible pour elle que de n’être pas cru sur ce qu’elle est, sur sa nature profonde.
Une ambivalence traitée en douceur, de loin, comme tout ce qui se trouve dans ce roman, mais qui sera moteur.


C’est une lecture mitigée qui sans être pénible a manqué de me passionner.
Fin belle mais particulièrement triste. Le livre aurait peut-être eut plus de force en étant plus court, il se dilue là peut-être trop. Un livre sur une vie mourante, qui, le cœur serré, passe ses journées à contempler ses échecs, fatigué de se battre, et la réussite de son entourage qui s’éloigne.

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