Insomnie – Tsvétaïéva

Insomnie, c’est une blague qu’on m’a faite sous forme de livre.
On me l’a offert en me disant : « Tiens, une Russe insomniaque, c’est pour toi ! » Eh bien merci ! J’avais en effet adoré le théâtre de Marina Tsvétaïéva. J’avais fait l’éloge de Romantika, entre tradition française et russe du XIXe siècle.

Marina Tsvétaïéva, Insomnie et autres poèmes, Poésie Gallimard, 2011, 256 pages.

Dans ces beaux textes, on retrouve son amour pour l’influence du romantisme français, traditionnel, classique, qui fonctionne si bien. On y trouve des hommages joyeux et doux à la mythologie grecque. Biberonné par le classicisme, le lecteur se laisse porter. La langue est belle mais est loin de m’avoir portée en émoi comme l’a fait le théâtre. L’autrice rend également hommage à la Russie, dans des poèmes nostalgiques et tout aussi doux. J’aime aussi la manière dont elle aborde l’amour. Ce n’est jamais un amour réellement heureux ou malheureux, jamais du pathos, jamais de la pitié. Plutôt la recherche de l’indifférence. L’ego parle, et on avait oublié que l’ego puisse être beau. Une douce indifférence, la volonté de l’être.

Pas seulement un ode au soleil ou a l’insomnie, mais très justement, à une ambiance de nuit.

Un extrait qui donne un peu de feu, un peu de joie, qui donne envie de plier le monde et de rire :

« Je n’ai pas suivi la Loi, je n’ai pas communié.
Et jusqu’à l’heure dernière je pécherai
Comme j’ai péché et comme je pèche encore :
Avec passion ! Par tous les sens que Dieu me donne !

Amis ! complices ! vous qui n’incitez qu’au feu !
Vous qui paraîtrez avec moi ! ô tendres maîtres !
Adolescent, fille, arbre, étoiles et nuées !
Nous répondrons ensemble devant Dieu, ô Terre !

26 septembre 1915
« 

Enfin, mon poème préféré de ce recueil pour clore cet article. Je m’y retrouve, la moi qui ne dort pas, trop épuisée pour faire quelque chose de constructif mais incapable de s’endormir. Ce sentiment de vague, de rien et pourtant ce poids si lourd où on ne fait que fixer le plafond… ou la fenêtre ouverte :

« Voici encore une fenêtre
où encore on ne dort.
peut-être – on boit du vin
peut-être – on est assis.
Ou simplement ils sont deux
qui ne défont pas leurs mains.
Dans chaque maison, ami,
il y a une fenêtre ainsi.

Cri des ruptures et des rencontres,
c’est toi, fenêtre dans la nuit !
Peut-être – centaines de chandelles,
peut-être – trois chandelles.
Non, point de repos
pour mon esprit.
Dans ma maison toujours
il en fut ainsi.

Prie, ami, pour la maison sans sommeil,
pour la fenêtre éclairée.

23 décembre 1916″

Comme quoi, en un siècle, l’insomnie, l’amour de la fête et du jour qu’on étire jusqu’à la nuit, n’ont pas changé.

2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Je ne connaissais pas, mais n’ayant rien lu de semblable, je ne peux qu’être intriguée !
    J’aime beaucoup les extraits que tu as partagés.

    1. Ce sont mes favoris mais alors peut-être que cela te plaira !

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