Le Cimetière englouti – Tibuson

Tout de suite, le lecteur bascule dans l’étrange. Une ambiance lancinante s’installe, une litanie, on ne voit pas trop où le livre veut aller… Tout est fait pour procurer cette impression !

Goran Tibuson, Le cimetière englouti, Serge Safran Éditeur, 1990 , 132 pages.

En effet, le personnage principal est perdu et il l’a toujours été. Orphelin, ballotté de foyers en foyers, il a tenté de suivre la voie la plus droite et la plus ennuyeuse possible pour vivre, si ce n’est pleinement heureux, au moins paisiblement. Il est lointain, déconnecté, légèrement grinçant. Il sort de huit ans de prison, pour un motif mystérieux, passé sous silence. Perdu, il part à la recherche de ses origines, dans le village où sa mère a été enterrée 36 ans plus tôt. Il erre dans cette ville, elle aussi étrange. C’est un livre qui se lit très vite, à la langue très simple, mais on m’a soufflé dans l’oreillette que c’était un défaut de traduction. Le style particulier et haché de l’auteur en langue originale, n’a pas été gardé.

On déambule avec le narrateur comme dans une hallucination, une ville fantôme. On guette l’écroulement prochain, la crue de l’eau qui engloutira le cimetière, la ville en entière. On guette jusqu’à ce que comme un puzzle tous les éléments fassent « tilt ». L’ambiance est particulière, peut-être à cause du caractère contemplatif et volontairement plat du narrateur qui, somme toute, offre une platitude agaçante. Mais quand vient l’étrange on adore ces spirites ratés, l’hôpital psychiatrique désaffecté, le cimetière pourrissant, la rivière aux suicides… On est presque dans l’horreur, par le décor. Mais ici, pas de peur ! Seulement du brouillard dans la ville et dans la tête d’un inconnu qui ne se connait pas lui même à la recherche de ses origines

Ce roman est un ode à l’indéterminisme, la vie et la mort de mêlent, les vivants disparaissent et certains tentent de réanimer les morts . La rivière est présente comme un Styx sévère et merveilleux qui emporte les vies, avec leurs secrets et leurs histoires. Personne n’est à sa place : ni les ouvriers qui tentent de construire un pont, ni le prêtre pas tout à fait croyant, ni la bibliothécaire qui est sans doute la seule à lire les livres de sa boutique, ni les médecins…

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