Epépé – Karinthy

C’est un livre qui m’est très étrange pour bien des raisons, en plus d’être en lui-même particulièrement déroutant.

Ferenc Karinthy, Epépé, Zulma, 2013, 284 pages.

Le speech est assez simple : un linguiste reconnu se rend à un colloque. Or, au lieu d’arriver dans la ville souhaitée, il se trouve dans une ville inconnue dont il ne parle pas la langue alors qu’il en parle 12 plus ou moins bien.

On peut alors penser qu’on va parler de découverte et d’apprentissage, mais on en est loin. Pour moi, voici une critique de notre société : mondialisation et consommation, mais aussi celles des totalitarismes et du refus de s’ouvrir aux autres. Toutes les pires angoisses de toutes les possibilités dans notre monde actuel sont condensées ici.
Impossible de se repérer : l’alphabet et la langue lui sont inconnus, toute la diversité est là donc aucun continent ne se dessine, rien qui permette une majorité. Ne subsiste que la foule pressée et le culte de l’argent, la construction, la production. On est presque sur de la science-fiction tant tout est terrible, tentaculaire, poussé à outrance.

Le roman est une long descente dans l’angoisse, un étouffement constant, des barreaux de cages qui, patiemment, s’ajoutent les uns après les autres, de plus en plus resserrés, sans singularité aucune. C’est terrible et fascinant à la fois. On a envie d’abandonner et de laisser couler, c’est peut-être ça, après tout qu’ils ont tous fait, ces personnages incompréhensibles ? Abandonnés l’espoir et soi-même ? Trouvés une place alors qu’il n’y en a pas, juste accepter d’être trainer par la foule. On se croirait dans un métro parisien géant à l’heure de pointe. On se croirait dans un Châtelet incroyable et cauchemardesque à l’heure de pointe. Je ne sais pas si j’ai aimé, certes, mais je crois que dans cette angoisse inextricable constante on parvient à bien identifier, chapitre après chapitre, tous les maux de nos sociétés…
On comprend que c’est un grand roman mais ce n’est pas à quoi je m’attendais.

J’ai eu ce livre par la Kube, une box de livre qui envoie des livres personnalisés suite à un questionnaire, donc un peu à côté de la plaque par rapport à ma demande. Mais pour les personnes qui lisent peu, je trouve que c’est un bon moyen d’offrir un beau livre.

12 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Flo dit :

    J’avais adoré ce bouquin ; tu me donnes envie de le relire alors même que j’ai déjà une liste au taquet pour cette année et 2022 (je consacre un mois par an aux relectures).

    1. Oh c’est une bonne idée de consacrer un mois par an aux relectures ! Je ne relis que très rarement, et ce sont souvent des essais pour y chercher quelque chose de précis seulement !
      Je suis admirative que tu aies déjà ta liste de lecture pour 2022 ! Que vas-tu lire ?

      1. Flo dit :

        J’ai toujours beaucoup relu, par nécessité quand j’étais enfant car j’avais très peu de livres à disposition, par goût par la suite – outre le plaisir de retrouver un livre que j’aime, savoir où je vais m’apaise au milieu des bouleversements de la vie (et de cette époque en particulier). Depuis trois ans, je m’organise mieux d’où un mois dédié. Les essais, je ne les relis jamais intégralement : comme tu l’écris, il s’agit généralement d’y retrouver un point précis donc je ne me retape pas tout l’ouvrage (sauf exception mais le livre auquel je pense est un mélange d’essai et de récit).
        En fait, j’ai déjà une liste pour 2022 parce que tout ne va pas rentrer en décembre 2021 😀 Pour cette année, j’ai prévu La marche de Radetzky (J. Roth), Un coeur si blanc (J. Marias) si mon cerveau le permet, The Song of Achilles (Achille tout court je crois en VF – M. Miller), Le dernier nabab (F.S. Fitzgerald – ce sera une troisième lecture), Le cuisinier (M. Suter). Et ensuite, soit si ça passe dans le mois, soit en 2022 : Midnight in the Garden of Good & Evil (J. Berendt – me souviens plus si ça a été traduit en VF ; un film en a été tiré), Une ardente patience (A. Skarmeta), Murène (V. Goby), Puissions-nous être pardonnés (A.M. Homes), Neverwhere (N. Gaiman), Le loup des steppes (H. Hesse – incroyable que je ne l’aie pas encore relu en 15 ans ! Je m’étais dit pareil pour Le désert des Tartares que j’ai relu en janvier et ce fut un feu d’artifice) et donc peut-être Epépé 😉

      2. Je n’ai jamais relu, mais comme je commence à oublier certaines de mes lectures (justement Un coeur si blanc ! Je ne m’en souviens pas !) je songe à m’y mettre ahah
        J’ai toujours tellement de choses à lire, à découvrir, que je me dis que tant que je m’en souviens ça vaut pas le coup. Mais j’aimerais relire la Maison aux esprits d’Isabel Allende, Les frères Karamazov de Dostoïevski et un livre de Andrus Kivirahk.

        En tout cas tu as une sacrée liste ! Je te souhaite de bien l’avancer pour pouvoir en rajouter plein en 2022 😁

      3. Flo dit :

        En parlant de mémoire, il m’arrive parfois de découvrir un tout nouveau livre car j’en gardais un souvenir tout à fait différent et j’étais sûre de mon souvenir avant la relecture (ça m’inquiète, on est d’accord ;p). Cela dit, je ne relis pas pour me rafraîchir la mémoire mais plutôt pour creuser, découvrir ce que je n’ai pas vu dans l’euphorie du premier contact quand l’intrigue a une importance surdimensionnée. Les frères Karamazov, il faudrait déjà que je trouve le courage de le lire une première fois (comme à peu près tous les pavés russes :S) Merci pour ton souhait !

      4. Ahah personnellement j’adore les pavé russes ! Je relirais bien Guerre et Paix un jour car dans toutes ces pages : j’ai dû en manquer des choses !

        Mais j’ai déjà entendu dire, qu’en effet, on ne lisait pas de la même manière un livre deux fois. Ca pourrait être une expérience intéressante !

  2. Ingannmic dit :

    J’avais été un peu déçue moi aussi, mais pas tout à fait pour les mêmes raisons que toi. J’avais trouvé que l’intrigue, au bout d’un moment, finit par tourner en rond (et même si cela sert le propos, c’est lassant) et je n’avais pas du tout aimé la fin, qui arrive comme un cheveu sur la soupe… Dommage, j’en attendais beaucoup, et j’ai trouvé le début très prometteur.

    1. Ah ça pour être répétitif, ça l’est ! Mais je m’en suis accommodée. Oui, finalement c’est une fin ouverte, mais ça aurait pu frapper plus fort avec une autre fin.

  3. Patrice dit :

    C’est un livre surprenant, en effet. Je dois dire que, de mon côté, j’avais été séduit par ce livre et toutes les interrogations qu’il pose. (https://etsionbouquinait.com/2020/03/17/ferenc-karinthy-epepe/)

    1. Il m’a laissé une impression très singulière, je ne suis pas étonnée qu’il soit resté dans les mémoires

  4. Hedwige dit :

    Voilà un livre étrange, hors du commun et bien que mal connu, je suis certaine qu’il figurera parmi les grands classiques

    1. Je pense qu’il en fait déjà partie, peut-être pas en France mais un jour sans doute !

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