Je chemine avec Nancy Huston


J’ai eu le plaisir d’être sélectionnée par Babelio pour être « ambassadrice » de la collection Je chemine avec des Editions du Seuil. J’ai donc reçu trois livres en cadeau, à chroniquer dans un temps imparti. Parmi eux, celui de Nancy Huston paru début septembre.

Je chemine avec Nancy Huston, Seuil, 2021, 144 pages.

Tout d’abord quelques mots sur l’édition dont je reparlerai et dont je trouve le concept intéressant : la collection Je chemin avec s’adresse aux jeunes. A nos petits (grands !) français à qui on demande si vite de choisir un métier, une voie, qui rêve d’écologie, d’égalité mais à qui on parle d’argent. Ils sont dans une nouvelle société, construite depuis longtemps sur de mauvais fondements, et ils sont perdus : c’est bien normal !
Voilà une collection qui a pour vocation de les inspirer, de les faire souffler, de leur donner espoir !

Cependant, c’est une collection fait par des adultes. Et, je crois, qu’elle a plus d’effet sur nous, sur notre estime à nous. « Ah oui, on peut se réorienté », « ah oui, on peut faire des choses tout au long de sa vie », « ah oui, on peut ajuster son tir. »
Ado, pour avoir été paumée, je n’aurais eu aucun déclic, je trouve d’ailleurs la collection pas spécialement aguichante bien qu’un bon format très court, mais je me serai dit « ouais, OK, ils ont eu des destins exceptionnels, bravo.« 

J’ai aimé ces trois livres qu’on m’a envoyé. Mais ce n’est pas l’ado en moi qui a vibré, loin de là, mais l’adulte froide, un peu dépassée peut-être. Je ne pense pas que la collection soit au niveau de ses ambitions.

C’est un livre court et vite lu, grâce à l’écriture orale mais érudite de celle qui est une maître de l’écriture. On ne sait pas si on lit une biographie, une autobiographie ou une interview. Les questions sont rares, ressemblent à des titres de parties, les réponses longues et rédigées. On regrette que certaines choses ne soient pas plus fouillées – les destins de ceux qui l’ont inspirés ou marqués. Mais il est un peu dérangeant cet étalement de vie, ce « moi, je » propre à la collection et sans emphase. Il y a quelque chose de factuel et de légende de vie, de destinée, mais qui manque grandement de délire grandiloquent comme un Châteaubriant. On ne sait sur quel pied dansé, le format entre entretien et autobiographie clodique.

Il faut attendre le milieu du livre pour ne plus être capable de le lâcher : Nancy Huston parle de littérature, ses conseils de lectures sont à foison et donnent sincèrement envie ! Elle parle de la vie en tant que romancière : comment est-ce qu’on écrit, qu’est ce qui est moteur à l’écriture ? Loin du mythe de l’artiste maudit porté par des Hemingways et des Bukowskis, loin d’un trou de névroses, ou d’anecdotes légères, Nancy Huston parle de ce qu’est le travail d’écriture. De l’inspiration, certes, mais surtout de beaucoup de travail. Ensuite, elle parle de féminisme, du monde qu’on qualifie de noir ou blanc mais qui est bien plus que ça, elle parle aussi d’écologie, de la paresse des « boomers » dont elle fait partie. Elle parle de sa prise de conscience écologique, tardive, la décrit, et je m’y suis retrouvée.

Ainsi c’est un livre qui m’a amené à m’interroger même si cela était mal parti. Il devient inspirant, dans son rapport à l’écriture, dans son explication de son travail à part entière.

12 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Bibliofeel dit :

    Belle chronique mais je n’ai pas compris ce que signifie autobiographie clodique. Coquille ou pas ?

    1. Merci !
      J’ai fait un néologisme de « claudiquant », je trouve que c’est un peu bancal quand même par moment ce livre. Je trouve que la maison d’édition n’atteint pas son but : séduire les jeunes.

  2. Bibliofeel dit :

    Merci pour ton explication très claire, qui m’évite de « claudiquer » dans ma lecture. Bonne journée !

    1. Ahah ! Avec plaisir ! Bonne journée à toi !

  3. Madame lit dit :

    Et pourtant! Nancy Houston est une grande écrivaine… Dommage. Même en regardant la couverture, on voit qu’elle ne s’adresser pas au public cible. Adolescente, je ne l’aurais pas trouvé attrayante.

    1. Oui tout à fait !
      Ca ne m’a pas rendu curieuse de ses livres (mais j’ai un extrêmement mauvais souvenir de Ligne de faille que je n’ai pas pu finir et qui est régulièrement encensé dans ce livre là…)

      1. Madame lit dit :

        Dommage… je compte le lire! Je t’en reparlerai!

      2. Tu me diras ce que tu en as pensé !

  4. Eléonore B. dit :

    Chronique intéressante.
    Nancy Huston, j’ai tenté de la lire en 2013 : échec. J’avais abandonné son roman “Danse noire”.
    Puis, j’ai retenté avec “Lignes de faille” et même si j’ai terminé le roman, je ne l’ai pas trouvé du tout extraordinaire point de vue de l’écriture… toutefois, intéressant point de vue historique.
    Bref. pour dire qu’elle ne m’enchante guère et que je n’ai pas envie de la lire dans cette collection.
    En revanche, Angélique Kidjo et Gilles Clément m’attirent davantage. Qu’as-tu pensé de leurs portraits ?

    1. J’ai beaucoup aimé les livres d’Angélique Kidjo et Gilles Clément, mais je ne suis pas convaincu de la pertinence de ces livres pour les adolescents.
      Disons que, de même, ce son des jolis entretiens sous forme de biographies.

      Pour Nancy Huston, ça ne m’a pas donné envie de la relire ! J’avais abandonné « Lignes de Failles » et je n’ai pas envie de réessayer.

      1. Eléonore B. dit :

        Oh ! Merci pour ton retour.
        Je pense lire ceux de Kidjo et Clément.

      2. Avec plaisir ! Tu me diras ce que tu en as pensé !

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