La force des femmes – Mukwege

Sincèrement un des meilleurs livres que je n’ai jamais lu, un témoignage extrêmement difficile mais à absolument mettre dans toutes la main. Témoignage et mémoires de Denis Mukwege, Prix Nobel de la Paix en 2018.

Denis Mukwege, La force des femmes, Gallimard, 2021, 400 pages.

Avant la fin de l’introduction qui revient sur la naissance de Denis Mukwege, j’étais déjà happée par le livre . Je ne pouvais le poser sans y penser, j’avais déjà une folle envie de me laisser dévorer par lui. L’auteur revient sur l’état catastrophique du monde, les violences faites aux femmes qui ont en commun d’être partout à la fois. La tragédie de l’accouchement dans de mauvaises conditions, arrivant encore trop souvent aujourd’hui et de part le monde entier, l’a sensibilisé. Entre destin et vocation, les conditions de sa naissance l’ont amené à se battre pour les femmes.

Si cet homme n’était pas Prix Nobel, personne ne le serait. Il risque chaque jour sa vie pour sauver les femmes victimes de violence, d’abord au Congo, puis à travers le monde. Son discours mettant en lumière les crimes de guerre et l’ingérence dans lequel est tombé l’Etat, fait que sa vie est menacée, il est depuis plusieurs années sous la protection de l’ONU.

Les récits qu’il relate, dans son expérience de gynécologue puis d’activiste, sont des récits extrêmement difficiles à lire. Si j’avais envie de dévorer cet ouvrage, car il est sublimement écrit, hautement intéressant, et explique mille choses à travers le monde, reste extrêmement dur. Vraiment. J’ai été émue, plus qu’émue même, épouvantée aux larmes dans ce que des personnes affrontent. J’ai déjà parlé de nombreux romans mettant en scènes ces femmes aux destins tragiques comme Les filles de la mer de Mary Lynn Bracht. Ici, le discours médical, politique, rend les choses peut-être pire. On ne peut plus se cacher derrière le verbiage d’un roman. C’est un destin réel qui se déroule sous nos yeux, celui d’un homme élevé par une femme qui ne faisait pas la distinction entre ses fils et ses filles. Si à l’adolescence, il a voulu se révolter contre cela (pourquoi ses copains étaient-ils plus choyés que lui ?) il a vite compris qu’il tenait peut-être là la réponse à beaucoup de violences de par le monde.

C’est un livre, comme tous les livres féministes, que les hommes doivent lire autant, voire plus, que les femmes qui, elles, sont déjà conscientes des dangers inhérents à leur condition. Je vous assure que ce livre est incroyable, pas seulement parce qu’il dénonce des crimes de guerres affreux à travers le monde, mais parce qu’il ose dire, également, qu’en Occident, bien que beaucoup de chemins ont été fait, nous ne sommes pas encore à l’égalité. Il montre bien que si les lois progressent, leur application semble rester optionnelle.
Il y a une forme d’impunité dans le viol et les violences faites aux femmes, partout à travers le monde. Pas parce que tous les hommes sont dangereux, mais parce que ceux qui ne sont pas concernés, eux, ne se sentant justement pas concernés, détournent le regard, se taise, ne se documentent pas. Beaucoup de féministes – et Denis Mukwege en a souffert – n’aiment pas qu’un homme parle des femmes, parle pour elle, peut-on être féministe en étant homme ? Je pense que oui, mais à ce moment-là, il y a beaucoup de travail à faire. Un travail que cet éminent homme a fait et fait encore, un travail contre le silence, et surtout, en faveur de l’éducation.
Sans éduquer, nous n’arriverons à rien, nous n’avancerons pas dans le combat contre la violence faite aux femmes. Et pour éduquer, rien ne sert d’arriver avec des discours préfabriqués, il faut donner la parole aux victimes et il faut prendre en compte les coutumes, les faire évoluer.

C’est un livre incroyable, à lire… Urgemment, par tous.

Je termine étrangement cet article, par le post Instagram que j’ai rédigé pendant ma lecture de cette œuvre, qui montre d’autant plus la grandeur, non seulement du livre, mais de l’œuvre de Denis Mukwege :
Ce n’est pas tous les jours, ce n’est même pas même dans toutes les vies, qu’on a l’occasion de rencontrer un Prix Nobel.
Rencontrer est un bien grand mot, mais j’ai eu la chance de l’écouter s’exprimer au sujet de son tout nouveau livre, qui sort cette semaine si j’ai bien compris, grâce à Babelio, ce livre m’a gentiment été envoyé en avant-première par les éditions Gallimard.
Si Denis Mukwege n’était pas Prix Nobel de la Paix, personne ne le serait. C’est un livre impossible à lâcher, et pourtant, qui nécessite de reprendre son souffle à chaque page.
Je ne suis pas la personne la plus émotive que je connaisse, et pourtant, ces mémoires, l’odeur du sang, de l’horreur, des crimes perpétrés, me demande de régulier temps de pause.
Le féminisme est une lutte qui doit continuer d’être menée par tous, et ce livre qui raconte comment un homme est devenu si grand et pourtant si humble, mérite d’être lu par tous. Nous ne sommes pas blancs, noirs, autres, femmes, hommes, autres : nous sommes humains. Et chaque jour, ce qui se passe ici ou à travers le monde nous force à l’oublier.

6 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Ingannmic dit :

    Tu es convaincante ! Si après ce billet, touts tes lecteurs et lectrices ne se précipitent pas dans la librairie la plus proche, je mange mon chapeau comme dirait l’autre !
    Figure-toi que je ne connaissais même pas l’auteur de nom …

    1. Ah eh bien j’espère que tu n’auras pas à manger ton chapeau, c’est un vrai cri du cœur, de l’âme !
      Et je suis absolument RAVIE de t’avoir fait découvrir le nom de ce grand homme ! Je l’avais croisé car je travaille un peu sur le féminisme, la sexualité et donc la masculinité et au moment au je préparais une conférence à ce sujet j’avais bien évidemment rencontré son nom. C’est pourquoi je me suis jetée sur ce livre et je n’en démords pas : c’est un chef-d’oeuvre à mettre entre toutes les mains !

  2. Bibliofeel dit :

    Ta chronique est magnifique. A la hauteur de cet homme admirable que je connais à travers de nombreux articles. Il est effectivement plus qu’important de relayer ce combat, qu’on soit un homme ou une femme.

    1. Tout à fait ! Cet article venait vraiment du fond de mes tripes, cette lecture a été comme une tempête pour moi.

  3. Libriosaure dit :

    C’est un très bel article que tu nous proposes ici. J’ai beaucoup aimé cette phrase « Pas parce que tous les hommes sont dangereux, mais parce que ceux qui ne sont pas concernés, eux, ne se sentant justement pas concernés, détournent le regard, se taise, ne se documentent pas » et je pense que je te piquerais bien l’idée au quotidien pour contrer l’argumentaire du « not all men ». Ce livre a l’air génial, j’espère trouver le temps et l’occasion de le lire. En tout cas, je le mets dans ma liste sur Babelio tout de suite !

    1. Je te souhaite de pouvoir le lire bientôt, il remue énormément et il est assez dur mais tellement essentiel ! Oui, voilà c’est important que Denis Mukwege réussisse à faire passer ce message aux hommes, comme aux femmes d’ailleurs. La phrase est offerte ne t’en fais pas 😀

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