Rouge passé – Tosseri & Gobbi

Aujourd’hui nous parlons d’une BD historique au sujet des Brigades Rouges qui ont terrorisé l’Italie entre 1969 et 1988.

Gonzague Tosseri, Nicola Gobbi, Rouge Passé, histoire d’une rédemption, Steinkis, 2019, 172 pages.

Cette maison d’édition m’étais inconnue, mais elle semble spécialisée en romans graphiques qui traitent d’événements historiques délicats. Comme on peut le constater avec cette BD, qui traite du terrorisme, le sous-titre « histoire d’une rédemption » montre bien le regard de côté que porte cette maison d’édition. Ceci pour faire tomber les frontières et élargir l’horizon des lecteurs, comme mentionné sur leur site internet.

Je ressors assez mitigée de cette lecture, à laquelle, tout d’abord, on comprend assez peu de choses si on a pas le bagage historique. J’ai dû le relire à la lumière des explications d’Alessandro Orsini, professeur de sociologie du terrorisme à l’Université Luiss de Rome, qui analyse la puissance de l’idéologie fasciste en fin d’ouvrage. Déjà, pour une BD historique, devoir la compléter par un long article universitaire, je trouve ça bancal. Ensuite, il y a sans doute un énorme trou dans ma culture historique, je n’en serais pas vexée, mais j’ai donc eu beaucoup de mal à m’investir, à me représenter le contexte, la pertinence du texte. De mon point de vue, cela aurait pu être n’importe quel acte terroriste, sans forcément être en Italie, juste une femme qui tire sur la victime au beau milieu de la foule. Une femme lambda, peut-être est-ce cela qui a intéressé les auteurs ?

Mais voilà, sans le texte universitaire qui conclue l’ouvrage ainsi que quelques recherches personnelles, je n’aurais pas compris les enjeux. Je ne vois pas bien l’intérêt de la BD, l’intérêt historique, puisque justement mon horizon n’a finalement été complété qu’en lisant des articles supplémentaires. Je ne vois pas pourquoi ne pas avoir intégrer le discours universitaire au roman graphique, d’avoir tout en un. Le contexte historique, social, idéologique en plus de la recherche d’une rédemption. En réalité, on parle bien de l’idéologie dans cette oeuvre mais j’ai l’impression qu’elle est effleurée, à nouveau, elle pourrait être applicable à n’importe quelle lutte terroriste. Ce qu’on suit véritablement, c’est le chemin de cette fille qui s’est faite embrigader là dedans, entre idéologie et naïveté.
Je pense que les auteurs ont été passionnés par ce destin qui aurait pu être lambda, la volonté de montrer que cela pourrait arriver à n’importe qui, à n’importe quel humain, de se retrouver plonger dans une histoire aussi sordide, manipulé de la sorte. Je pense qu’ils ont tenté de mener un roman graphique sur l’humanité et le bord du grouffre…

Honnêtement ? Raté.

Contrairement à mon habitude, je vais laisser le mot de la fin à un autre critique, Benjamin Roure de Bodoï. Il parle en expert, bien mieux que moi donc, et dit au sujet du dessin, thème que je n’ai pas abordé mais qui est important et il résume ici avec brillo ce que je pense : « Nicola Gobbi, il est convaincant dans les portraits, inventif dans la mise en scène, mais finit lui aussi noyé par un trop-plein de douceur et d’empathie, renforcé par une trichromie fade.« 

Encore raté.

10 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Goran dit :

    Raté et raté, c’est ce que j’appelle faire un un vrai carton… 🙂

    1. Hihihi ! Bien trouvé !

      1. Goran dit :

        J’avoue avoir eu du mal à le commenter celui-là 🙂

      2. Ahah ! Tu n’y étais pas obligé ! Surtout que tu n’as pas d’appetance pour les romans graphiques !

  2. etoile31 dit :

    Décidément!
    J’entends et je lis cette critique, à propos de cet ouvrage.
    Ce travail m’a immédiatement fait penser à une BD que j’ai lu lors de sa parution: « Le photographe de Mauthausen » dont je conseille la lecture à toute personne confinée(sic!). Et effectivement, ce qui m’a immédiatement parlé ce sont les ressources documentant le (vaste et immense) sujet des camps de concentration nazis. D’où le parallèle fait avec cette BD à propos d’une aussi vaste et immense sujet que cette vague de conscientisation politique des « années de plomb et en particuliers de ces groupuscules activistes tout autour de la planète (moyen-Orient, Europe, Amériques, Continent asiatique).

    En effet « Le photographe de Mauthausen » propose, de manière intégré à l’ouvrage un véritable « dossier », du particulier au général en contextualisant l’événement du « photographe et du camp en question, d’où une grande efficacité, effectivement.

    C’est bien et bon de les « aligner » (auteur, éditeur, etc.) quand ça vaut la peine! On n’est pas des boeufs! et en matière de produits de supermarché, inutile d’en rajouter, merci. Priorité aux masques, le PQ et la Farine, le riz, etc. 😉

    D’autant que sur cette période, il y a de très belles choses à dire, à expliquer, à découvrir, Le cinéma l’a très bien fait comme ici pour le Japon: https://www.youtube.com/watch?v=KMYVF5wKezo , ici pour l’allemagne: https://www.youtube.com/watch?v=ueEKLDIhb2U

    Et il appartient toujours à chacun de se documenter car ces situations sont toujours d’une grande complexité et très riches, dignes d’intérêts…

    1. Oui cela a l’air intéressant ! Justement si cela est bien documenté, ce qui manque cruellement à cette bd !

      La thématique du livre et le concept de la maison d’édition me paraissaient très prometteur c’est pourquoi je l’ai lu. Je trouve que cela a été très mal fait, je peux bien le dire ! Je ne généralise pas le travail de l’auteur ou de la maison d’édition. Je parle de ce livre.

      Oui, c’est un sujet quasi inépuisable ! J’ai découvert beaucoup de choses par mes lectures annexes ! Et j’ai bien regrettées qu’elles le soient.

  3. PatiVore dit :

    Pendant près de 20 ans, ouah, c’était costaud !

    1. Tu m’as fait douté, j’ai revérifier ! Oui, sans être en période d’activité intense pendant tout ce temps. Ça a été leur temps d’activité.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s