Dans un rayon de soleil – Walden

J’ai lu ce livre dans le cadre du Challenge Romans Graphiques de Plume Violette. Ça se passe sur livraddict et je vous conseille d’y participer car c’est sans prise de tête et permet de se mettre en selle pour découvrir ce genre littéraire dont le côté arty me plait énormément.
Pour cette première participation au Challenge illimité, je vais vous présenter la lecture commune du mois de juin, inconnue au bataillon, je ne savais pas dans quoi je mettais les pieds.

Tillie Walden, Dans un rayon de soleil, traduit par Alice Marchand, Gallimard Jeunesse, 2019, 544 pages.

Je suis surprise d’apprendre que c’est un livre jeunesse car, bien qu’il n’y ait pas des flots ensanglantés ni de pornographie, j’ai trouvé le contenu très mature. Mais on y reviendra.

J’ai donc découvert cette lecture grâce à la LC et je ne sais pas si j’aurais pu faire un meilleur choix de lecture moi-même. Cette BD appartient à une littérature dite « science-fiction féministe » et j’affectionne tout particulièrement les problématiques et les traitement de ce genre littéraire. Beaucoup d’écoféministes ont utilisés la science-fiction pour rêver leurs idées, pour transmettre leur idéologie et les possibles changements de société qu’elle amènerait – l’écoféminisme étant un sujet auquel je m’intéresse beaucoup, vous trouverez une petite bibliographie la concernant en vous baladant sur le Bar aux Lettres. Ainsi, je m’étais naturellement tourner vers la SF écoféministe pour mieux étudier le concept de l’écoféminisme. Bref, tout ça pour dire que j’ai donné quelques conf’ en université à ce sujet et que ce roman graphique aurait figuré dans mon corpus s’il était sorti et que je l’eut connu à ce moment-là.

Roman graphique, donc parlons patte graphique. Elle est hyper surprenante car quand j’y repense, mentalement, j’en ai une image en noir et blanc. Alors que non, elle joue avec la chromatique et l’effet négatif. Comme l’histoire prend place dans l’espace, les vaisseaux et les planètes que nous découvrons sont suspendus dans le noir. Cela explique l’intéressant travail en contraste, et ce sentiment de noir et blanc. Très sombres, le ciel et les ombres, et très doucereux les bleus, les roses, l’illumination d’un visage, le reflet d’une eau… C’est un très bel objet et le travail des couleurs l’empêche justement d’être tout à fait opaque, au contraire.
Le trait des visages peut paraître simpliste au côté du travail du ciel, de la voie lacté, des planètes… Mais malgré une simplicité assumée, chaque personnage est très facilement identifiable malgré les bonds du récit dans le passé. Ainsi, malgré l’apparente facilité, en réalité chaque étape du temps, chaque âge réussi à se lire sur les visages.

Pour ce qui est du reste, j’ai envie de vous dire : « tout est trop cool ! » Mais comme je suis sympa, je vais essayer d’être un peu plus prolixe, et surtout, je veux vous convaincre de le lire.

Le détail qui tue et qui surprend : les vaisseaux sont en forme de poisson et ça fonctionne trop bien ! En plus d’être archi esthétique il y a une certaine logique derrière.
Le boulot de Mia, la personnage principale, c’est de réparé des planètes, de les réhabiliter, un peu comme on fait avec nos bâtiments désaffectés. La première planète est un ancien lieu de culte d’une religion ancestrale et totalement tombée dans l’oubli (ci-contre). Moi qui adore ces questions de patrimoine et de légendes oubliées, j’ai été totalement enchantée, cela m’a énormément plu. Des problématiques bien réelles ont été utilisées et adaptées à ce monde avec beaucoup d’intelligence.
Ainsi, on découvre l’histoire de Mia, catapulté dans cette équipe de réparateurs, au fil des pages on découvre les divers corps de métiers représentés dans cette équipe, les secrets et le passé des personnages se dévoilent, on découvre aussi le mode de fonctionnement de la société, l’histoire des planètes comme si elles étaient tout simplement des régions du monde…
Mia, elle aussi, repense à son passé et on en apprend alors plus sur elle, Mia est encore jeune lorsqu’elle est embauchée et elle repense à ses années lycées qui ne sont pas si loin. En filigrane de ses souvenirs on découvre des détails pertinents du monde comme par le biais d’une feuille d’examen, de la bulle d’un prof en arrière plan. Encore une fois, ces détails, l’extension de cet univers qu’on découvre ont quelque chose de hautement réalistes ; loin de guerres de territoires bourrines, on découvre des flux de migration à cause d’une nouvelle ressource, des problématiques de loyers élevés, l’instauration d’une monnaie commune… Bref, tout un tas de choses plausibles qui nous renvoient à nos propres problématiques et c’est fascinant et très bien traité.
Féministe, oui, car l’histoire prend place dans un univers matriarcale où il n’y a pas trace d’homme. Mais aussi parce que le roman graphique aborde également la non-binarité.

Le côté « jeunesse » finalement se retrouve dans le côté expéditif de certaines histoires secondaires, comme des personnages secondaires dont l’histoire se clos grâce à de beaux discours. Cela fini donc parfois en queue de poisson (comme les vaisseaux spatiaux hihi)
Sinon l’histoire principale nous tient sincèrement en haleine tout au long des pages, beaucoup de douceur et de tendresse s’en dégage ce qui est particulièrement agréable.
La fin, sans me décevoir énormément, m’a laissé de marbre, un peu vite expédiée, un peu gamine peut-être. L’autrice a publié le livre épisodiquement sur internet avant d’être publiée et on voit qu’elle a dû expédier un peu rapidement les choses pour faire coller quelques détails entre eux.
Cependant c’est réellement 544 pages de pur plaisir, du bonheur, beaucoup d’émotions, du frisson, et c’est très beau. Bien sûr, comme souvent dans les univers imaginaires, on aimerait en connaître d’avantage, mais c’est la preuve que c’est de la qualité car le contenu y est bel et bien !

En bref : des petits cafouillages sur la fin qui n’enlèvent rien à l’immense plaisir de la lecture, à la beauté des images, quelques heures après l’avoir refermé j’avais à nouveau envie de plonger dans l’univers, dans l’histoire… Les émotions, le travail en amont, subjugueraient n’importe qui. C’est une prouesse, l’autrice a passé des années d’haleine à posté épisodiquement son histoire sur le net et c’est l’engouement des fans qui a propulsé l’oeuvre jusqu’à une maison d’édition. Ces 544 magnifiques pages pleines de rebondissement ont été créé par une jeune femme de seulement 24 ans.

12 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Goran dit :

    Malgré le plaisir et le bonheur, je passe…

    1. Tu n’es pas très roman graphique, j’aime bien de temps en temps surtout avec une belle surprise comme ça

      1. Goran dit :

        J’en ai quand même lu (un peu) 🙂

      2. Ta curiosité t’y a poussé 😁

      3. Goran dit :

        On me l »a offert, je n’avais pas le choix 🙂

      4. Hihihi lu sous la torture

      5. Goran dit :

        C’est carrément ça 🙂

  2. C’est vraiment magnifique ce mélange de noir, de couleurs foncées et de couleurs vives. Très particulier. Tu fais des conférences à l’université sur l’écoféminisme ? Dans quel cadre ? C’est passionnant.

    1. Vraiment c’est un coup de cœur, c’est un livre magnifique je te le conseille !

      J’en ai fait quelques unes en participant à des journées d’études organisées par d’anciens professeurs.
      J’étudiais le feminisme et l’écofeminisme dans les nouvelles d’autrices de science fiction.
      Cette lecture m’a fait penser que bien l’étudier, ce roman graphique.

  3. Dommage pour la fin, mais ton avis confirme entièrement mon intérêt pour cet ouvrage qui semble finalement bien plus mature que ce que je pensais… ce qui est loin de me déplaire.

    1. Pour la fin, c’est entièrement subjectif et ne remet pas une seule seconde la qualité de l’ouvrage.
      Je te le conseille fortement ! Je l’ai en effet trouvé très mâture dans son ensemble. Il est vraiment magnifique en plus

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