Ici les femmes ne rêvent pas – Ahmad

Préparez-vous à être chamboulés, à être remués, vous ne sortirez pas indemne de cette lecture. Une lecture dont la narratrice tente de s’extraire, de sortir de sa condition… Au fil des pages. C’est une œuvre magistrale qui me bouleverse encore à chaque fois que j’y pense.

Rana Ahmad, Ici les femmes ne rêvent pas, Editions du Globe, 2018, 304 pages.

Si elle montre l’état terrorisant dans lequel une partie du monde vit, ce qui est incroyable se passe au milieu du roman. Ce n’est pas tant tous les interdits, le voile (aussi bien physique que psychique) qui nous impressionne. Ce qui est proprement une claque, c’est quand elle découvre qu’il est possible de ne pas croire. « Ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait. » Aussi bateau que soit cette phrase, c’est la réalisation à laquelle est parvenue la narratrice, en pyjama, dans sa chambre : il existe réellement un autre monde où la charia ne s’applique pas.
C’est cette prise de conscience, plus que le monde qui l’entoure en lui-même, qui chamboule tout. Car on peut dénoncer, on peut dire, on peut hurler d’ici, mais personne ne nous entend là-bas. Les personnes qui vivent ces drames ne savent pas.

C’est un livre qui a réussi à m’arracher une larme et ce n’est pas évident, c’est plutôt rare.

Rana, si elle ne s’était jamais interrogée au sujet de son pays, sa foi ou le statut de la femme a toujours bien senti qu’il y avait une différence qui grandissait en même temps qu’elle aussi grandissait. Bien sûr, elle ne pouvait pas mettre les mots dessus, puis, au fur et à mesure, elle a commencé à réaliser… Elle ne voulait plus se plier à la charia, même en étant une bonne musulmane, même en étant la meilleure des musulmanes, les hommes gardaient tous pouvoirs, sa vie restait à leur merci. Elle a compris qu’elle prendrait des coups quoi qu’il arrive, que de toute manière, elle était perdante, même en étant la plus humble, la plus douce, la plus loyale.

Ce livre retrace une enfance heureuse et insouciante, une prise de conscience jusqu’à la fuite de la narratrice, de Rana, qui écrit ce livre et qui avait soif de vivre. C’est un récit déchirant d’une jeune femme tiraillée entre sa famille, sa foi, la société et ses rêves. C’est un très beau et très bouleversant témoignage. Très difficile aussi, plusieurs, contrairement à Rana, ont abandonné la lutte ou n’ont pu s’échapper.

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6 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Il a l’air bouleversant ce récit !

    1. C’est vraiment un gros coup de coeur. Très beau, très fort, pas larmoyant ni voyeuriste.

  2. Un témoignage poignant…
    Je l’ai acheté tout récemment et le lirai cet automne.

    1. C’est une lecture magnifique

  3. allylit dit :

    Ce livre a l’air poignant…je n’avais pas vu qu’il était sorti en format poche, il devrait vite rejoindre ma PAL

    1. Ah ! Je ne le savais pas non plus ! J’ai la version broché également. Mais oui faut à tout prix se jeter dessus il est incroyable.

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