Trois jours en automne – Wan-seo

Il y a un très beau contexte autour de ce livre car c’est un livre voyageur ! Pativore l’avait chroniqué sur son blog il y a quelques temps et ce livre m’avait beaucoup intrigué. Elle me l’a donc envoyé et, à mon tour, je l’ai transmis à Christie qui organise le Challenge coréen sur son blog Depuis le cadre de ma fenêtre. Elles lisent ce livre dans le cadre de ce challenge, quant à moi j’ai été ravie de participer à cet échange. Une lecture, pas toute à fait commune car en canon, mais une très belle expérience de partage livresque. Merci à toutes les deux !

Pak Wan-seo, Trois jours en automne, Ateliers des Cahiers, 2016, 105 pages.

(Ouvrage publié en 1985 en Corée, en 2001 puis 2016 en France.)
Ce livre se lit, vous l’aurez deviné, d’une traite et très vite. En si peu de temps, il pose un contexte tout à fait intéressant. D’abord, la narratrice est une gynécologue dont la retraite est dans trois jours (d’où le titre) dans une Corée patriarcale. Elle a monté son cabinet en périphérie de la ville, et, en 30 ans, elle a vu ce quartier et ses mœurs évoluées. Lorsqu’elle l’ouvrit dans les années 1950, c’était un quartier plutôt mal famé, peuplé de prostituées et de proxénètes qui lui faisait son pain. En effet, avec une logique implacable, la jeune gynécologue qu’elle était alors, se destinait à l’avortement : quel quartier aurait été mieux rêvé que celui-ci pour en faire un business ?

Elle gagna une grande notoriété et le quartier fut de moins en moins pauvre, on le regarde évolué au fil des 30 ans de souvenirs qu’elle a accumulé. Si bien qu’elle eut même de la clientèle bourgeoise venant de loin pour se débarrasser de leurs désagréments ou pour consommer des cordons ombilicaux comme cure de jouvence. On a le droit à plusieurs pages de description au sujet de cette pratique, j’espère que vous n’avez pas faim !

Et donc, voilà ce que j’ai aimé, vous l’aurez compris : voir l’évolution de Séoul, les mentalités qui changent, évoluent, à leur rythme, comme l’urbanisme, les jeunes générations qui succèdent aux anciennes, avec d’autres idées, d’autres conviction. Et quoi de mieux pour parler de tout cela que de mettre en scène le corps des femmes : ce corps qui leur appartient si peu, moins à elles qu’à la société. L’avortement étant encore tabou dans de nombreux pays du monde, c’est un bon prisme pour l’observation des comportements humains, des sociétés, des changements de mœurs.

Bref, il est bien ce roman MAIS – vous le sentiez arriver ce « mais » ! – la narratrice est à glacer le sang. Honnêtement, si au début on trouve qu’elle fait preuve d’une extrême logique en installant son cabinet à cet endroit… En fait rien de ce qu’elle pense ou fait n’est autre qu’une sombre froideur. Bien entendu, dès l’introduction elle nous explique et on comprend pourquoi elle est froide et distante, pourquoi elle a choisi d’exercer ce métier, etc. Mais vraiment, 105 pages de haine, et elle le dit elle-même qu’elle les remplies de haine, c’est long et compliqué à lire.
D’autant plus qu’elle avoue avec un calme et un naturel désarmant qu’il n’y a rien de plus normal que les violences gynécologiques : que, bon, hein, faut y aller on se tait, oups ! Le scalpel dérape, hop, hop, hop, je cache, on a rien vu, on va pas lui dire, hein ? t’as mal ? Ah bah oui c’est comme ça.
Alors, certes, le roman retrace une histoire des années 1950 aux années 1980, mais ce genre de mentalité est tout de même bien ancrée aujourd’hui encore dans le corps médical (en Occident aussi !), et, pour beaucoup de patient.e.s c’est la croix et la bannière avant de trouver un praticien digne de confiance.

Ce passage sur les violences psychologiques m’a, certes, beaucoup dérangé, mais la froideur de la narratrice, son égoïsme, sa haine, son dédain, sont vraiment lourds, si bien, qu’on en arrive à lui souhaiter du mal… J’ai lu d’autres critiques, et mon ressentiment tiendrait au fait que je suis peu habituée à l’humour piquant coréen. Il est vrai qu’il y a une bonne d’ose d’humour dans sa critique acerbe de la société. J’ai bien saisi cet humour et cette critique qui m’ont plu, mais du reste… Bien plus difficile pour moi à déterminer.

17 commentaires Ajouter un commentaire

  1. PatiVore dit :

    Contente qu’il t’ait plu, mais oui, tu as raison, c’est glaçant, ça fait froid dans le dos !!! Ce roman est considéré comme un roman féministe, c’est encore plus dérangeant…
    Mais, tu ne participes pas au challenge coréen ?

    1. Je pense qu’en effet, on vient de tellement loin… C’est un premier pas du féminisme… Mais maintenant il faut continuer à le penser pour éviter de rester/de retomber à ce stade.

      Pour le challenge coréen, ce serait malheureusement ma seule lecture ! Ce serait un peu maigre 🙂

  2. Très intéressante ta chronique d’autant que ce roman a l’air particulier ! Le côté évolution de la société coréenne a l’air passionnant et n’ayant jamais rien lu sur l’avortement dans ce pays, c’est intrigant. En revanche, la personnalité de la gynécologue couplée à un humour peut-être difficile à appréhender me faire un peu peur… Je l’ajoute à ma liste « lectures déstabilisantes ».

    1. Oui c’est passionnant de voir la question de l’avortement dans ce cadre. Comme dit dans un commentaire ci-dessus, c’est considéré comme un texte féministe, car, en effet, il est novateur dans les droits des femmes de cette époque et dans ce contexte. Mais moi-même me sentant très investie dans nos causes féministes occidentales contemporaines, ça m’a renvoyé (mais donc Cets mon prisme de lecture personnel) à quelques problématiques qui sont encore trop pris à la légères.
      Je comprends toute la portée de ce texte, mais il est vrai qu’il a été compliqué à appréhender, malgré le fait qu’il soit court, à cause de mes barrières. Je ne veux pas te refroidir par cet article car il apporte quand même des choses ! Mais il est vrai que « lecture déstabilisante », dans mon ressenti personnel, me parait une appellation cohérente 😊

      1. Ton avis permet au moins de savoir à quoi s’en tenir…

      2. Certes ! Une petite mise en garde !

  3. Goran dit :

    Je m’apprêtais à prendre mon petit déjeuner, c’est con, mais je n’ai plus faim… Merci de penser à mon régime alimentaire… Le passage de la fin m’a fait penser à certaines pensées abjectes de Françoise Dolto.

    1. Ahah je n’ai rien décrit pourtant ! Ça t’apprendra à lire mon blog au petit dej Hihi ! Je suis assez mal renseignée pour ce qui est de la comparaison. Mais oui j’ai trouvé difficile la lecture par moments

  4. Cristie dit :

    Coucou Marie, Je n’ai lu que ton premier paragraphe pour me laisser la surprise. Je reviendrai ensuite te lire. Merci pour cet envoi et cette participation. J’ai signalé ta participation et mis un lien vers ton post. Je te souhaite de belles lectures à venir dans le cadre de ce challenge ou pas. A bientôt

    1. Hello ! Oui tu liras mon article après 😁 avec grand plaisir, merci beaucoup ! C’est un chouette partage !

  5. Oh j’avais bien entendu des choses sur le placenta mais sur le cordon ombilical, pas encore 🤢. Je suis totalement ignorante en matière de littérature coréenne, je vais jeter un oeil au challenge, merci !

    1. Oui je connaissais le placenta qui a été à la mode. Mais il y a des pages qui m’ont parues très longues sur la description de cette mode c’était un peu pénible Ahah je te conseille le challenge pour en savoir plus alors ça donne de belles idées 😊

      1. J’imagine oui..Tu me donnes à la fois envie et pas envie, j’hésite

      2. Peut-être pour commencer la littérature coréenne, pas ce livre là !

  6. Cristie dit :

    Coucou Marie, Voilà, je l’ai lu et je reviens vers toi comme prévu. Je comprends parfaitement ton ressenti. Ce livre est glaçant a plus d’un titre mais d’une très grande richesse également. Je vais poursuivre avec cette autrice c’est sûr !

    1. Hello, je suis ravie que tu viennes me donner ton avis ici !
      En effet, j’en comprends la richesse malgré ma retenue. Tu as raison, poursuivre avec cette autrice devrait être intéressant à plus d’un titre grâce à sa vision perçante de la société coréenne !

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