Le jour où le temps s’est arrêté – Sahlberg

Ce livre m’a été chaudement recommandé par un homonyme de l’auteur, dont vous pourrez retrouver le blog ici.

Goran Sahlberg, Le jour où le temps s’est arrêté, Acte Sud, 2008, 266 pages.

Je ne suis pourtant pas friande des récits se déroulant du point de vue d’un enfant. Ici, cela est tout de même bien maîtrisé, avec une écriture qui se veut simple et naïve. Contemplative d’un monde incompréhensible, brouillé par l’imaginaire. Cette écriture qu’il est très difficile de réussir comporte ici de réelles fulgurances poétiques. Simples et sans appel comme une tartine qui tombe du bon côté. C’est un bonheur de les découvrir au grès d’un paragraphe.

Je trouve que ce roman a une vraie portée au-delà de célébrer l’enfance. Au-delà de dire « gardez vos yeux d’enfants », au lieu de forcer à dire « je vois un chevalier et un château » à la place de la réalité qui n’est autre que le concierge et la cité. Alors, oui, il y a de cette rêverie enfantine, mais on parle ici surtout de l’endoctrinement des enfants, il faut faire attention à eux car ils ne comprennent pas le monde.
Trop petit pour comprendre les enjeux de la religion, trop petit pour comprendre les enjeux politiques ou ce qu’implique les titres que peuvent porter les gens. On sait vaguement qu’un titre est honorifique mais le petit garçon ne comprend pas ce qu’il y a derrière.
Il comprend cependant que son papa porte le haut titre honorifique de prédicateur. Il ne comprend pas que la réalité est bien différence. Que seul lui et son père pensent se titre important. Lui aussi, il veut être prédicateur, il veut être l’assistant de son papa. Son papa, tout à son illumination biblique, est très fier de l’investissement de son fils. Cependant voilà, je parlais du danger de l’endoctrinement des enfants et je pense que c’est la thématique la plus importante de ce livre.

Le gamin croit dur comme fer au jugement dernier et à l’imminence de l’Armageddon. Tout le roman s’articule autour de cette fascination qu’ont les enfants envers la mort, la fin, quand ils en prennent conscience. Ce temps de dépression et de peur infantile qui se traduit par divers doutes (je suis sûr que je suis adopté par exemple ou par la peur de la mort comme dans ce livre) est au cœur du roman. Le petit narrateur a très peur de voir son monde chamboulé, il a peur de perdre ses repères alors que le dernier moment de l’humanité approche à grand pas. Il se fascine et redoute ces changements sur toute une première partie du roman. En réalité, le père est très content et très fier que son si jeune fils sache lire et soit fasciné par la théologie comme lui, mais il ne voit pas que dans cette obsession réside la peur du changement. Cette obsession manifeste la peur de l’enfant car son monde est en train de s’écrouler à son échelle, son monde s’écroule donc l’humanité aussi. Son monde s’écroule car maman est enceinte ce qui veut dire que papa pourra avoir un nouveau petit préféré, un nouvel assistant et ça terrorise le narrateur. Mais il y a aussi une grande nouveauté dans sa vie, et comme celle-ci découle d’une bêtise il n’en dit rien : il a perdu le goût et l’odorat.
Enfermé dans son non-dit et sa bulle (car le manquement d’un sens enferme fatalement la personne dans une bulle) il est le témoin naïf de la fin du monde.

Du moins, c’est ce qu’il croit.

Pour conclure je dirai la même chose que les quelques blogs qui en ont fait la chronique : c’est un récit sur le besoin d’une bonne communication dans une famille, d’expliquer les choses. La seule qui tentera de le faire est pourtant la seule personne pour qui le petit garçon a une aversion certaine.

3 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Goran dit :

    Il semble vraiment très sympa cet homonyme…

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