No home – Gyasi

Je n’avais jamais envisagé une fresque familiale de la sorte, j’avais envie de mon petit pêché mignon : une fresque du XIXeme. Ni une, ni deux, ma libraire qui connait mon penchant pour le féminisme me fourre No home en main.

Yaa Gyasi, No Home, Le Livre de Poche, 2018, 480 pages.

J’ai, en effet, était surprise par la manière dont se présente et se déroule le roman. Nous avons bien là une fresque familiale sur une dizaine de générations mais chaque chapitre présente un descendant. C’est à dire que deux sœurs sont séparées : le chapitre un est la voix de l’une, le chapitre deux est la voix de l’autre. Le chapitre trois est la voix de la descendance de la première, le chapitre quatre celle de la seconde… Ainsi de suite, et cela du XVIIIème siècle jusqu’à nos jours.

J’ai dévoré ce très beau roman, bien écrit, rythmé par de courts chapitres, on a le temps pourtant de s’attacher aux personnages et de palpiter à leurs côtés. C’est réellement très beau et on frémit dans les tristes aventures qui empêchent ces hommes et ces femmes noir.e.s de s’épanouir
En effet, le roman s’ouvre en plein colonialisme, les blancs commencent à commercer avec les tribus. De là, le monde va évoluer et les descendances des protagonistes vont être destinés selon la manière dont les chefs de villages envisageaient alors le monde. Ainsi, au fil des chapitre ce sont des traditions qui s’émiettent, des rites qui s’écroulent, de nouvelles appartenance qui se forment à travers les continents. C’est vraiment un très beau roman plein d’émotion.

Cependant, j’ai vraiment besoin de pinailler sur un point qui m’a sincèrement obsédé tout au long de ma lecture.
Vous imaginez bien (surtout au XIXème siècle et début du XXème siècle) toutes ces personnes, ces générations qui s’enchaînent n’ont pas seulement eu UN enfant. Lorsqu’on découvre un personnage en commençant un chapitre, on raccroche avec les parents qu’on a laissé il y a plusieurs années, mais on s’entiche également de toute une fratrie, la plupart du temps. Bon, excusez-moi, mais c’est archi-frustrant dans une fresque familial de ne pas savoir ce que les autres deviennent. Parfois, il existe des échos lointains d’un membre de la famille, mais vraiment ce n’est pas la norme et cela m’a beaucoup perturbé, comme un goût d’inachevé. Cet espèce « d’élu pour le récit » m’a perturbé.

Mais tout cela pour permettre la fin d’être comme elle est. Bien évidemment, je n’ai pas aimé la fin, mais si j’argumente je vais divulgacher totalement le roman, je peux simplement vous dire que sa triste banalité est affligeante.
Le roman est déjà conséquent, bien qu’il se lise vite et bien comme je l’ai déjà souligné, et cette généalogie directe permet de figurer bien mieux selon le lieu et la période la situation de la plupart des personnes noires à l’époque. C’est un beau roman qui prend le lecteur au tripes et permet de dénoncer des situations inacceptables qui ne tiennent pas seulement de la fiction.

J’ai également beaucoup apprécié la dimension de la mémoire, de la perte de mémoire, que ce soit celle de coutumes (que j’ai rapidement évoqué) ou celles de la mémoire familiale. C’est çà dire qu’on voit bien les affres du temps d’une génération à une autre mais c’est particulièrement frappant entre trois ou quatre générations. Ça n’a rien de surprenant, bien sûr, mais il y a une douce nostalgie, une douloureuse beauté à voir l’incompréhension d’enfants à aïeuls, l’oubli le plus total d’un nom, d’une personne… Comme toutes ces tombes de pierres gravées de désormais inconnus.
Je n’invente pas l’eau tiède, mais sans jamais appuyé dessus avec des gros sabots, l’autrice montre cela très bien avec sa merveilleuse poétique et l’articulation de son récit.

10 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Il est dans ma PAL j’en entend énormément de bien ! Ta libraire semble super, c’est génial de développer une petite relation comme ca !

    1. Oui, je nai pas réussie à l’établir avec tous les libraires que je fréquente malheureusement !
      J’en ai entendu beaucoup de bien également et je confirme les louanges 😊

  2. Bibliofeel dit :

    Original comme construction de récit ! Bien envie de noter dans mes livres à lire… Belle journée. Alain « Bibliofeel »

    1. Oui ! Je ne m’y attendais pas du tout, mais cela donne beaucoup de sens et de poétique à l’ouvrage.

  3. Goran dit :

    Comment ai-je pu rater ton article ? En plus, un très bon, qui donne envie. Honte à moi ! Pour faire pénitence, je vais… je ne sais pas trop quoi encore, mais je vais trouver ou alors tu trouves pour moi… À la réflexion non, je trouverai tout seul… 🙂

    1. Ahah pas de soucis ! Moi aussi je n’ai pas vu tout de suite ton avant dernier article.
      Tu n’as pas à t’excuser

  4. Patrice dit :

    J’avais lu plusieurs avis très positifs sur ce livre, et malgré les petites réserves que tu mentionnes, j’imagine sans peine qu’il trouvera un jour le chemin de ma PAL. Merci !

    1. Ah, je critique mais j’en garde un agréable souvenir, j’ai beaucoup apprécié !

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